Une entrevue avec Guy Boulianne des éditions Mille Poètes, un nouveau partenaire de Eco-Libris

Nous avons écrit brièvement le mois dernier sur notre nouveau partenariat avec les éditions Mille Poètes, lorsque nous avons présenté la superbe vidéo qu’ils ont fait de notre collaboration. Les éditions Mille Poètes sont un éditeur de langue française qui a été créé pour les auteurs, les poètes et les lecteurs. Maintenant, c’est aussi un nouveau partenaire d’Eco-Libris, car ils consacrent 2% de leurs ventes mensuelles à planter des arbres pour lutter contre la déforestation, la désertification et la pauvreté.

Nous avons voulu en savoir plus sur Mille Poètes et nous avons réalisé une entrevue avec le rédacteur en chef, Guy Boulianne.

1. Pouvez-vous nous en dire un peu au sujet des éditions Mille Poètes et de votre processus de travail avec les auteurs? existe-t-il certains types de publications que vous avantagez plus que d’autres ?

Les éditions Mille Poètes ont été créées au mois de novembre 2005 et incorporées au Delaware au début de l’année 2006. C’est une domestic Limited Liability Company (LLC) gérée à partir du Québec. Nous avons pour tâche principale de faciliter les démarches de l’artiste en vue de l’édition de son oeuvre. Nous connaissons les difficultés qu’un auteur peut rencontrer sur sa route lorsque vient le moment de publier son ouvrage, c’est pourquoi nous tenons à l’aider… Les éditions Mille Poètes publient majoritairement de la poésie, mais nous sommes aussi très ouvert à tous les genres littéraire. De ce fait nous publions des romans, des nouvelles, des essais, des contes, des biographies, de la science-fiction, des ouvrages historiques et autres. Tous les styles sont les bienvenus car nous considérons que la création ne peut supporter aucune limite.

2. Pouvez-vous nous fournir des informations sur certains des livres que vous avez publié dernièrement ?

Le tout dernier livre que nous avons publié est la nouvelle de l’auteur rwandais Félix Ntihemuka : « La lumière origine de tout ». Nous avons aussi publié les romans des auteurs Francine Therrien (Québec) : « Coeurs migrateurs », Marie-Pierre Demon (France) : « Au commencement était le Pouvoir » et Jean-Jacques Kurz (Suisse) : « Le mystère du bolduc maudit ». Les éditions Mille Poètes essaient le plus possible de publier des auteurs de tous les horizons et de tous les pays. Ainsi nous avons publié les livres de Jean Saint-Vil (Haïti), Philomène Bohoussou (Côte d’Ivoire), Anna Do So Tadjuideen (Pologne), Noureddine Mhakkak (Maroc), Théodore Ouedraogo (Burkina Faso), Michèle Machado (Espagne), Axel Gaspart (Belgique), Thierry Waser (Suisse), Pierre Charette (Québec) … Nous essayons donc, dans la mesure de nos moyens, de travailler au niveau international.

3. Quels sont les plus grands marchés pour les livres en français, à l’exception de la France bien sûr ?

La plus grande partie de notre marché se trouve en France. Nous recevons assez rarement des commandes de la Belgique ou de la Suisse. En ce qui concerne le Québec (Canada), le marché est encore trop petit. Le Québec se compose de seulement 7.5 millions d’habitants sur un territoire de 1 667 441 km² alors qu’il y a 63,5 millions d’habitants en France sur un territoire de 675 417 km². La plupart des maisons d’éditions au Québec survivent grâce à des subventions. Pour le moment les éditions Mille Poètes ne reçoivent aucune subvention ni aucun appui financier privé. C’est pourquoi nous demandons une légère contribution de la part des auteurs qui souhaitent publier chez nous.

4. Est-ce que les livres en français ont les mêmes difficultés dans le monde de l’édition que les livres en anglais, ou est-ce encore plus difficile pour eux en raison de la relative limite du marché (en comparaison avec les livres en anglais) ?

Malgré de grands bouleversements dans le milieu de l’édition avec le développement de l’édition électronique grâce aux nouvelles technologies comme l’e-ink et aux lecteurs Kindle (Amazon), Reader (Sony) et Cybook Gen3, le monde de l’édition francophone se porte assez bien en général. Comme tous les ans Livres Hebdo propose son classement des plus gros éditeurs de France ou qui a fait le plus de chiffre d’affaires durant l’année. Pour l’année 2007 c’est Hachette qui tient le haut du pavé avec 2,13 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et la réussite du groupe ne se cantonne pas à la France puisqu’il est le plus gros éditeur généraliste au Royaume-Uni et le 5e plus gros aux États-Unis. Rien que ça. Viennent ensuite Editis avec 760 millions d’euros de chiffre d’affaires (rappelons qu’Editis a récemment été racheté par Planeta) puis France Loisirs qui appartient toujours à Bertelsmann avec 380 millions d’euros de CA, les éditions Atlas avec 378,3 millions d’euros de CA, Média participations avec 301 millions d’euros de CA, Lefebvre Sarrut avec 296 millions d’euros de CA, Gallimard avec 290 millions d’euros de CA, Flammarion avec 243 millions d’euros de CA, La Martinière Groupe avec 237 millions d’euros de CA et enfin Panini France avec 183 millions d’euros de CA. Livres Hebdo précise que « sept des douze principaux acteurs de l’édition française dépendent désormais de sociétés étrangères, toutes européennes ». À la vue de tous ces chiffres, il faut croire que la crise n’a pas trop touché le secteur de l’édition qui profite, selon nos confrères de Livres Hebdo encore, d’une « relative bonne santé » – Réf. : Actualitté. Evidemment nous parlons ici des plus grandes maisons d’édition en France. Ceci ne concerne pas vraiment les éditions Mille Poètes qui publient majoritairement – comme son nom l’indique – de la poésie. Nous sommes un très petit éditeur et nous ne faisons aucune distribution de livres en librairie. Nous vendons par l’intermédiaire de Internet. Les gens peuvent acheter nos livres directement dans notre boutique en ligne ou encore chez nos partenaires Abebooks, PriceMinister, 2xMoinsCher, Caplivres, Biblio.com (USA) et autres. En tant que petit éditeur nous évitons ainsi deux importants intermédiaires : les distributeurs et les librairies. De plus, les éditions Mille Poètes ont été conçues dès le début selon cette vision : elles sont une entreprise branchée.

5. Vous écrivez que les éditions Mille Poètes travaillent de plain-pied dans le troisième millénaire. Nous faisons partie intégrante de cette nouvelle forme de fonctionnement, cette nouvelle forme d’économie, qui nous permet d’accélérer tous les processus, de simplifier toutes les démarches et d’ouvrir toutes les frontières. » Que voulez-vous dire par là? pouvez-vous donner quelques exemples ?

Les éditions Mille Poètes sont un éditeur à la demande, c’est-à-dire que nous imprimons et expédions les livres à l’unité comme en quantité. Nous employons les nouvelles technologies de fabrication et de diffusion comme l’imprimerie numérique (exemple : Xerox) et la vente par Internet. Nos ouvrages sont donc accessibles à l’échelle internationale. Nous ne nous limitons pas à un seul territoire ou à un seul marché. Nous imprimons et expédions le livre à l’unité dès qu’il y a une vente. Nous évitons ainsi le gaspillage d’encre, de papier et de ressources humaines. Nous évitons aussi un trop grand tirage de livres qui aboutiraient la plupart du temps au pilon pour les invendus.

6. Qu’est-ce que vous aimez le plus en tant qu’éditeur ?

J’ai débuté l’écriture de poésie avec une profondeur artistique à l’âge de 18 ans et j’ai auto-publié mon premier livre à l’âge de 20 ans. Dès le début j’ai décidé de tout faire moi-même : j’ai conçu le graphisme de la couverture, j’ai supervisé la typographie et j’ai payé mon imprimeur pour un premier tirage de 500 exemplaires. J’ai donc fait mon entrée dans le domaine culturel professionnel il y a maintenant 26 ans. En très peu de temps les médias nationaux du Québec ont parlé de moi et de ma poésie, que ce soit Mme Francine Grimaldi au journal La Presse et à Radio-Canada, ou encore le magazine Le Lundi qui comptait à l’époque plus de 1 million de lecteurs. J’ai toujours pris mon travail très au sérieux. J’ai étendu celui-ci dans les domaines des galeries d’art et de la télévision en tant que concepteur et réalisateur des émissions « Ecriture d’ici » et « Plume et pinceau » à Vidéotron. J’ai toujours travaillé dans le domaine culturel et organisé des projets et des événements de toutes sortes. Le fait de travailler au sein des éditions Mille Poètes est pour moi la continuité logique de ce que j’ai toujours fait dans ma vie, et j’offre désormais mes compétences au service des autres créateurs. Vous pouvez d’ailleurs lire ma biographie qui est publiée sur le site AuthorsDen, aux Etats-Unis.

7. Quel est votre livre préféré actuellement et de tous les temps ?

Il m’est impossible de donner le titre d’un livre actuel que je préférerais plus qu’un autre. Plusieurs ouvrages de plusieurs auteurs me plaisent à la fois et je ne peux donc apporter aucune précision à ce sujet. Par contre, en tant qu’amoureux de l’Histoire, je suis en grande admiration devant l’oeuvre historique de Dom CL Devic et Dom J. Vaissete : « Histoire générale de Languedoc » (1875). Jusqu’à récemment, il était quasiment impossible d’accéder à cette oeuvre rare qui se compose de plusieurs volumes comportant environ 1000 pages chacun. Les seuls endroits où on pouvait consulter cet ouvrage étaient les différentes Archives départementales en France. Par contre, avec la venue de Google Livres, nous pouvons maintenant télécharger gratuitement une grande partie de la collection. J’ai moi-même à l’heure actuelle 9 volumes de la série. Cet ouvrage des deux bénédictins est un véritable trésor patrimonial français.

8. Quelle est la raison principale pour laquelle vous avez décidé de consacrer 2% de vos ventes mensuelles de livres à la plantation d’arbres ?

Toute personne habitant la Terre doit avoir une conscience planétaire. Il en va de même pour les entreprises. En tant qu’éditeur à la demande, Mille Poètes diminue considérablement l’utilisation des ressources matérielles et humaines. En ce sens nous faisons déjà un effort non-négligeable pour la santé de la planète : nous enrayons le gaspillage à sa base. En consacrant 2% de nos ventes mensuelles de livres à la plantation d’arbres nous complétons cette démarche. Peu importe la quantité de livres que nous imprimons par mois, du papier est utilisé et des arbres sont ainsi coupés. Il est donc crucial de réinjecter une partie des bénéfices dans l’éco-système afin de planter de nouveaux arbres, entre autre en Afrique et en Amérique latine. Ceci a pour effet de combattre la déforestation, la désertification et par le fait même la pauvreté. C’est ce que nous faisons en partenariat avec Eco-Libris. Il est aussi important de préciser que cette remise sur les bénéfices n’affecte en rien les droits d’auteur.

9. En tant qu’éditeur, comment voyez-vous les efforts de l’industrie du livre pour se diriger vers la conscience verte ? où pensez-vous qu’il y a une nécessité de faire davantage d’efforts ?

L’industrie du livre doit faire comme les éditions Mille Poètes : éradiquer le gaspillage à sa base et réinjecter une partie de ses bénéfices dans l’éco-système. De ce fait il y a de plus en plus d’éditeurs et d’imprimeurs à la demande sur le marché, ce qui est une bonne chose en soit. Il nous faut absolument abandonner les anciens paramètres et les anciennes conceptions du monde. Nous devons développer une nouvelle économie autour des nouvelles technologies. Bien des évolutions ont eu lieu depuis l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en 1450 et l’invention récente de l’ordinateur, en passant par la presse numérique, le livre électronique, Internet et le téléchargement en ligne. Les temps ont bien changés et seuls ceux qui sauront s’adapter aux nouveaux paradigmes pourront survivre et prospérer.

10. Et enfin, avez-vous un message pour les lecteurs de Eco-Libris ?

Un jour les éditions Mille Poètes traduiront peut-être certains de leurs ouvrages en anglais. Ainsi les lecteurs de Eco-Libris pourront apprendre à mieux connaître nos auteurs et nos créateurs francophones. En attendant il leur est toujours possible d’acheter les livres en français sur le site Biblio.com. Cela peut les aider à mieux apprendre la langue de Molière. Nous invitons aussi toutes les personnes à participer individuellement au programme de Eco-Libris afin que nous participions tous ensemble à reverdir notre belle planète. Avant qu’il ne soit trop tard…

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Contribution : Raz Godelnik
Source : Eco-Libris (en anglais)

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