1994 — « Les Biflides se souviennent » de l’auteur Guy Boulianne dans la publication « Le Petit Canard Illustré » (Liège, Belgique)

J’ai retrouvé ma vieille copie de la publication bimestrielle « Le Petit Canard Illustré » dans laquelle fut publié en primeur mon court texte, intitulé « Les Biflides se souviennent » (No. 5, 1ère année, février-mars 1994). Ce texte surréaliste a été écrit spontanément dans ma jeune vingtaine, dans un style littéraire complètement libre, usant de l’écriture automatique.

Cette technique d’écriture a été utilisée par les surréalistes comme un mode de création littéraire, permettant de s’émanciper de l’étroitesse de la pensée régie par la raison. Ce point est caractéristique du mouvement surréaliste. C’est au terme d’une quête sur la nature de l’inspiration poétique qu’André Breton formalisa cette technique appliquée à la création littéraire. Elle consiste à écrire le plus rapidement possible, sans contrôle de la raison, sans préoccupations esthétique ou morale, voire sans aucun souci de cohérence grammaticale ou de respect du vocabulaire.

Mon texte « Les Biflides se souviennent » fut donc publié pour une toute première fois dans le journal anarchiste « Le Petit Canard Illustré » lors de mon séjour à Liège, en Belgique, il y a plus de vingt ans. Il fut plus tard publié par les éditions Mille Poètes et réédité une deuxième fois par les Éditions Dédicaces, une maison d’édition que j’ai moi-même fondée en 2009. L’ouvrage est superbement illustré en couleur avec des détails du triptyque du peintre néerlandais Jérôme Bosch, « Le Jardin des délices » (XVe siècle).

ISBN : 978-1-926723-07-5
Format : 40 pages, 8.5 x 8.5 po., broché,
papier intérieur : Encre intérieure, couleur pure,
couverture extérieure #100 en quatre couleurs

PRIX : 18.00 $CA

La préface de Abdelouahid Bennani

Avant de lire « Les Biflides se souviennent », il serait peut-être préférable de lire d’abord les Avant-propos d’un prince fou de Guy Boulianne si l’on veut de la clarté et du sens, des vers et des verbes qui raisonnent. Car une fois sur Les Biflides se souviennent, tous les liens avec le réel seront coupés. Le non-sens sera roi. Le rêve de substituera au réel. L’imagination épousera les fantasmes les plus enfouis. Le monde finira d’être ce qu’il est vraiment pour devenir ce qu’il devrait être par la force de l’imaginaire. Hommes, plantes et animaux ne feront plus qu’un. Fusion de tous les êtres, de toutes les créatures. Le petit être deviendra grand et le grand deviendra petit. Aucune notion de temps. Aucune notion d’espace. Aucun souci de forme, ni du beau, ni de l’utile.

Il serait préférable, avais-je dit, de lire d’abord les Avant-propos d’un prince fou car on trouve déjà dans son « Cauchemar », ces choses aux formes rondes, ces animaux bizarres, ces danses d’orgie, ces couleurs de mille feux, ces fleurs et ces plantes hallucinogènes qui poussent dans l’eau et cette sensation de bien être quand on rêve, qu’on retrouvera une fois sur Les Biflides se souviennent et ses illustrations.

Illustrations qui, au lieu d’apporter un quelconque éclairage, inversent toutes les perceptions que nous avons de la vie et des choses. C’est comme si l’on voyait du mauvais côté des jumelles. Ce sont des détails tirés du célèbre tableau de Jérôme Bosch à trois panneaux « Le jardins des délices». L’auteur a choisi le panneau du centre qui représente le paradis terrestre où les animaux et les hommes vivent en harmonie. Une harmonie démoniaque, soutiennent ceux qui n’y voient que sexe, sodomie et perversion.

Guy Boulianne annonce déjà que c’est un court récit de voyage surréaliste et complètement absurde. C’est donc un monde dicté par la pensée, en l’absence de tout contrôle exercé par la raison. Les propos comme les images échappent à toute logique ou à tout sens commun. C’est là la toute puissance du rêve.

Mais comment et pourquoi lire un récit de voyage où il n’y a rien à comprendre ? Quel intérêt revêt un écrit dépourvu de tout sens de toute préoccupation esthétique ou morale.

En sachant que Guy Boulianne est à la fois poète et peintre qui a ouvert ses propres galeries d’art, qui a vécu en ermite s’entourant de ses livres, on s’approche peut-être de la réponse. Car j’imagine qu’il faut agir avec son récit de voyage de la même manière qu’avec une production picturale. C’est-à-dire qu’il faut fermer les yeux, rompre avec le monde rationnel et se laisser emporter par les images et seulement par les images que suggèrent ses vers.

Il y a effectivement de nombreuses images mais qui ressemblent parfaitement aux détails d’un gigantesque tableau, à l’image de celui de Bosch « Le jardin des délices ». Elles sont aussi dignes de ce peintre gothique du quinzième siècle. J’en ai dénombré seize. Il va sans dire que c’est un compte tout à fait subjectif puisque dans pareils cas, à chacun d’imaginer le message et la signification des images, à chacun de retrouver sa petite vallée personnelle.

  • Image une : Un ivoire en pendaison. Des gens frottant la cervelle sur les caveaux de l’oubli. Des milliers de fourmis et d’araignées vont et viennent sur les pavots du Calvaire.
  • Image seconde : Un lieu où les sandales mangent du riz. La vie se gave de confiture. Luxures légères. Les Biflides qui jonchent la rivière.
  • Image trois : Les plafonds tombent. Au-delà le verbe il y a un trou, et ce trou, plus grand qu’une épave qui se fait belle.
  • Image quatre : Les soldats au fières allures cherchent la mort au coin des rues.
  • Image cinq : Le roi- écrevisse court à sa perte.
  • Image six : Un troupeau de vaches qui broute l’herbe. Un ciel ombragé d’un lendemain sans futur. Les monstres…
  • Image sept : Manger de nos chairs en amour.
  • Image huit : Un parc où on va tous chercher la gloire. Les oiseaux perdent la tête. Un chat n’ose traverser à cause des passants. Tout respire le qui-vive d’un matin ordinaire.
  • Image neuf : Un nuage et un clocher s’embrassent.
  • Image dix : Colline de Jultère. Ce pays où parfois, jonction et friction ne font qu’un et qu’une pluie inonde de plongeons de miroirs.
  • Image onze : La mer ensoleillée. Vaporeuses illusions cristallines. Les chats boivent de l’eau. Les oiseaux dansent. Les hirondelles scintillent aux mouvements des profondes lumières.
  • Image douze : Un mouchoir des pleurs. Se voit d’un mille de distance.
  • Image treize : Le rouge vif d’une bouteille en écume. Tristesse et cœurs en détresse.
  • Image quatorze : Un bidon qui traverse un flipon. Des rêves crapauds sautent par-dessous les verres. Un crapaud saute par travers. Les bidons rêvent dessous les verres qui viennent.
  • Image quinze : Au loin, un cri, plus fort qu’un écho. Des sons nébuleux.
  • Image seize : Des lendemains ténébreux. Poisson d’or. Lieu de dérision. Des frissons.

Les Biflides se souviennent est un court récit de voyage où le pinceau et la plume se confondent comme se confondent les personnages de Bosch. Des images à regarder, des vers à lire de « l’intérieur ».

Nous avons, certes, l’habitude d’écrire noir sur blanc, mais que se passerait-il si nous écrivions blanc sur noir ?

Abdelouahid Bennani, poète

Une réflexion au sujet de « 1994 — « Les Biflides se souviennent » de l’auteur Guy Boulianne dans la publication « Le Petit Canard Illustré » (Liège, Belgique) »

  1. Écrire un livre sur ses mémoires il faut des fois rêver, et se faire violence. Mettre aussi toutes les chances de son côté, alors, c’est après que l’on peut faire partager son vécu, et dire heureux comme Ulysse qui a fait un long voyage.

    Mon livre est un voyage, il a cela de commun qu’il s’ouvre au monde. Mon livre quand il voyage devient un formidable vecteur de rayonnement pour les lecteurs. Mon ouvrage fait partie de mon histoire, et de mon identité. Il fait véhiculer mon pays la France partout dans le monde.

    http://www.debrazzavilleasingapoureditiondunet.com

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