Je me souviens — « Le cantique du doux parler » de Gustave Zidler honore le Québec

Il y a plus de 25 ans, j’eus le très grand bonheur de faire l’acquisition d’un ouvrage rare et précieux datant de 1914. Il s’agit du recueil du poète patriotique français Gustave Zidler, intitulé « Le cantique du doux parler », publié par la Société française d’imprimerie et de librairie, à Paris. Cet ouvrage à clé — puisqu’il dévoile le Trésor du Fait Français — rend un hommage tout particulier à la devise du Québec, « Je me souviens ».

Je vous invite donc à télécharger et à lire attentivement ce merveilleux livre qui vous transportera dans la mémoire collective et l’histoire de tout un peuple.

Le recueil de poésies de Gustave Zidler est lui-même dédié « à l’Amérique française qui n’a rien oublié, la France qui sait se souvenir ». Annette Hayward écrit : « Invité d’honneur au Congrès de la Langue française au Canada en 1912, Zidler recevra à cette occasion un doctorat honorifique de l’Université Laval. Le Ministère des Terres et Forêts ira même jusqu’à donner son nom à un lac du Québec. Bref, aucun autre poète, canadien ou français, ne méritera autant d’estime de la part de la Société du Parler français. Gustave Zidler représente pour elle le cousin français idéal: régionaliste et ultra-catholique. » (Querelle régionalisme Québec 1904/1931. Le Nordir, 2007)

Étant moi-même en accord avec l’esprit de Gustave Zidler, il est de mon avis que le Québec se réveillera réellement de sa torpeur lorsqu’il renouera pleinement avec son passé. Car n’oublions jamais que nos racines sont très profondes et qu’elles plongent dans le passé glorieux de nos ancêtres, les Gaulois et les Francs. Voici ce qu’écrit Thomas Chapais dans sa préface intitulée « Un poète de France, ami des Canadiens » :

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Lac Zidler, Abitibi-Témiscamingue

Nous avons moins à présenter au public le poète Gustave Zidler, déjà bien connu au delà comme en deçà de l’Océan, qu’à le saluer d’un hommage de sympathique admiration, et à le remercier, au nom du Canada, de l’œuvre nouvelle qu’il veut bien nous dédier.

Pour les lecteurs français, M. G. Zidler est l’auteur justement apprécié de la Terre divine, du Livre de la Douce Vie, de l’Ombre des Oliviers, et de ces poèmes d’émotion poignante et d’espoir vainqueur, Pour retrouver l’Enfant, que lui dicta la douleur paternelle illuminée par la foi chrétienne. Pour les lecteurs canadiens, il est tout cela sans doute, mais aussi quelque chose de plus : l’auteur aimé des Deux Frances, le barde patriotique dont les chants émouvants ont fait vibrer les milliers d’auditeurs du mémorable Congrès de la langue française, tenu à Québec en l’été de 1912. Pour les uns et les autres, enfin, il est un poète de race, qui sait traduire en vers souples et musclés, en rythmes variés et choisis, en images éclatantes et précises, les pensées les plus élevées et les sentiments les plus nobles.

Nous devons cependant signaler l’attrayante et captivante singularité du présent recueil. Les vers qu’on va lire sont écrits par un Français. C’est un poète de France qui célèbre la Revanche des Gaules, le Français de Normandie, la « prompte et rude étreinte » des barons francs en la Princée d’Achaïe, le Français de Roland et celui de Joinville. C’est un poète français qui évoque l’Hôtel de Rambouillet, les « beaux vers immortels, aussi durs que l’airain », de Malherbe ; « les vocables choisis » et « l’ample période » de Balzac ; la « gerbe de glaneur, cueillie dans la moisson des mots », de Vaugelas ; la « voix tour à tour d’or, de cristal et d’airain » de Bossuet ; la « phrase conquérante, à la souple harmonie » de Chateaubriand. Mais n’est-ce pas un poète canadien qui fait revivre dans sa langue harmonieuse et forte le passé glorieux du Canada français ; qui suit « dans un décor d’admirable nature, les pas du Découvreur sur des bords inconnus » ; qui nous le montre agenouillé devant la Croix et jetant aux brises laurentiennes « la prière du Christ en syllabes de France » ? N’est-ce pas un poète canadien qui nous conduit en Acadie et nous introduit dans la compagnie du Bon Temps, où nous rencontrons Champlain, Hébert, le sire de Poutrincourt. et Lescarbot, l’ami des Muses, surtout lorsqu’elles s’appellent les « Muses de la Nouvelle France » ? N’est-ce pas un poète canadien qui nous redit le martyre de « Jean de Brébeuf, l’apôtre à la fois doux et fort » ; qui consacre à l’immortalité les dix-sept héros dont Dollard fut le chef, et fait rayonner d’un pur éclat leurs dix-sept noms, « noms français, dans la gloire à jamais triomphants » ; qui chante Marie de l’Incarnation et Jeanne Mance, François de Laval et Frontenac, Jolliet et d’Iberville, Montcalm et Lévis ; qui nous raconte en vers claironnants l’épopée de Carillon, « que les siècles diront un miracle français » ? N’est-ce pas un poète canadien qui. en quelques petits poèmes exquis, fait collaborer à la survivance et à la conservation nationales nos chères chansons populaires ?…

Nous avons donc ici deux poètes en un seul, ou mieux un poète à deux muses, la muse française et la muse canadienne, dont les souftles s’unissent, dont les inspirations se confondent et font de ce livre l’hymne du verbe de la vieille et douce France, répercuté au delà des mers par tous les échos de la France Nouvelle.

Henri de Bornier, dans une œuvre dramatique où les superbes alexandrins abondent, a écrit celui-ci, qui nous semble le plus beau de tous :

Tout homme a deux pays, le sien, et puis la France.

Ce vers admirable n’a nulle part été plus applaudi que dans le Canada français. C’est pour nous surtout qu’il est vrai et d’une réalité vivante. Et lorsqu’on nous le redit, nous sentons quelque chose s’émouvoir en nous. Ah ! oui, nous avons deux pays : le nôtre, notre Canada au passé plein de gloire et à l’avenir plein de promesses ; et puis la France, l’ancienne mère-patrie, séparée de nous par la nouvelle allégeance à laquelle nous sommes fidèles, et demeurée pourtant la patrie de nos intelligences et de nos cœurs. Mais pourquoi, en parlant de M. Zidler, ce vers si heureusement frappé nous est-il revenu à la mémoire ? N’en voyez-vous pas la raison très évidente ? C’est que notre cher poète a voulu le refaire à sa façon et prouver qu’un Français peut avoir aussi deux pays, le sien et puis le Canada.

Le sien ! cette France glorieuse et douce, secourable aux faibles et redoutable aux forts, missionnaire de la vérité et bouclier du droit ; celte héroïque et rayonnante porteuse de flambeau, avec quelle admiration passionnée il suit les traces de son lumineux passage à travers les siècles, et avec quelle exultation filiale il prête l’oreille aux échos immortels dont son Verbe a rempli le monde ! Tout le génie de la France revit en ce livre, que l’on ne peut feuilleter sans qu’il s’en échappe à chaque page des rayons de gloire française.

Et le Canada ! Comment M. Zidler a-t-il pu se saturer ainsi de son histoire, s’inféoder ses traditions, pénétrer jusqu’au plus intime de son être, s’adapter à sa pensée, à ses douleurs, à ses allégresses, et le suivre, sans s’égarer, dans la complexité de ses vicissitudes nationales ? On l’a dit, l’auteur de ces poèmes s’est fait une âme canadienne. Il s’est penché sur nos annales, il a compulsé nos chroniques ; il a fait plus que les lire, il les a comprises, il en a absorbé la substance et l’esprit. Et enfin, ému jusqu’au fond de son cœur de poète et de patriote par la trilogie sublime de notre naissance, de notre croissance et de notre survivance, il nous a aimés.

Ce livre est un livre d’amour. Amour de la vieille France et du verbe prestigieux dont les nations ont reconnu la primauté glorieuse. Amour de la France Nouvelle, qui est une prolongation et une expansion de l’ancienne, et qui conserve à son doux parler une si large sphère d influence et d’action sur la terre d’Amérique.

Devons-nous ajouter que, dans ce recueil, l’exécution est à la hauteur de l’inspiration ? Partout le vers robuste et agile, majestueux ou rapide, allègre ou grave, traduit avec précision toutes les nuances de la pensée. L’œuvre patriotique est doublée d’une œuvre d’art.

C’est donc pour nous une joie et un honneur que de souhaiter, le premier, la bienvenue à ce livre en même temps français et canadien. Nous sommes assuré que dans les deux patries, dont il redit les gloires, il rencontrera l’accueil enthousiaste que mérite une haute conception, exprimée dans une langue harmonieuse et éloquente.

— Thomas Chapais (Québec, 9 janvier 1914)


À propos de Gustave Zidler

Charles Zidler, oncle du poète et fondateur du Moulin Rouge.

Marie Gustave Henri Zidler, né le 28 août 1862 dans le 7e arrondissement de Paris et mort le 3 décembre 1936 à Versailles, est un poète patriotique français.

Neveu du truculent fondateur du Moulin Rouge Charles Zidler, il accomplit pourtant une carrière conventionnelle de professeur. Reçu à l’agrégation de lettres en 1885, il enseigne successivement aux lycées de Périgueux et de Poitiers, puis au Lycée Carnot (Paris), avant de rejoindre le Lycée Hoche de Versailles où il exerce son magistère de 1895 à son admission à la retraite en 1927.

Il était également homme de lettres. Après avoir fait ses premières armes comme auteur dramatique et écrivain pour la jeunesse, Gustave Zidler consacra l’essentiel des efforts de sa plume au genre édifiant de la poésie patriotique. Il fut décoré de la Légion d’honneur en 1933 et était membre du jury pour l’attribution des prix de littérature spiritualiste. Voici la liste de ses publications :

  • Le Baiser à Molière, à-propos en un acte, en vers (Paris, théâtre de l’Odéon, joué le 15 janvier 1889 à l’occasion de l’anniversaire de Molière) (Calmann Lévy, 1889), IV-17 p.
  • Christophe Colomb, poème héroïque en quatre actes en vers (Calmann Lévy, 1890), II-88 p.
  • Toutes les Frances, un seul cœur, pièce en un acte en vers (Impr. d’ouvriers sourds-muets), 22 p.
  • Le Hochet d’or (Armand Colin, 1895), illustrations par Geoffroy, IV-280 p.
  • La Légende des écoliers de France ( J. Hetzel, 1898), II-IV-269 p.
  • Le Livre de la douce vie (Société française d’imprimerie et de librairie, 1900), 178 p. (prix Archon-Despérouses de l’Académie française).
  • La Terre divine, poèmes de France (Société française d’imprimerie et de librairie, 1903, rééd. 1916), 180 p. (Ouvrage couronné du Prix François Coppée par l’Académie française).
  • L’Ombre des oliviers, le problème de la paix (Éditions de la Revue des poètes, 1905), II-71 p.
    Triomphe héroïque (Fasquelle, 1906), 23 p.
  • Les Deux Frances, poésies franco-canadiennes. Souvenir des fêtes du IIIe centenaire de la fondation de Québec (Québec, impr. de L’Action sociale, 1908), VIII-53 p.
  • L’Enseignement du français par le latin, mémoire présenté au 1er Congrès de la langue française en Amérique, Québec, 1912 (Vuibert, Paris – Beauchemin, Montréal, 1912), 42 p.
  • Le Cantique du doux parler (Société française d’imprimerie et de librairie, 1914), XII-285 p. (Prix Jules Davaine décerné par l’Académie française).
  • La Gloire nuptiale, poèmes de la famille et de la race (Éditions de la Revue des poètes, 1925), 187 p. (Prix Jules Davaine décerné par l’Académie française).
  • Le Semeur d’amour (Éditions de la Revue des poètes, 1931), 247 p. (Ouvrage couronné du Prix Bardet par l’Académie française).
  • Les Psaumes du passionné de la vie (Éditions de la Revue des poètes, 1938), 87 p.

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