Anunnaki et nephilims — Le livre d’Énoch et l’histoire des anges déchus

Le Livre d’Hénoch, aussi appelé 1 Hénoch ou Hénoch éthiopien, est un écrit pseudépigraphique de l’Ancien Testament attribué à Hénoch, arrière-grand-père de Noé (Hénoch s’écrit en hébreu חנוך, la généalogie se trouve en Genèse, chap. V, versets 18 à 29). Le livre d’Hénoch fait partie du canon de l’Ancien testament de l’Église éthiopienne orthodoxe, mais il est rejeté par les juifs et n’est pas inclus dans la Bible dite des Septante. Il a été officiellement écarté des livres canoniques vers 364 lors du concile de Laodicée (canon 60), et il est considéré depuis comme apocryphe par les autres Églises chrétiennes. Il était connu en Occident, au moins indirectement, et on retrouve par exemple son influence sur les passages consacrés au calendrier dans les textes hiberno-latins, comme l’Altus prosator.

La composition des différents livres s’étire sur une période allant d’avant le IIIe au Ier siècle av. J.-C. : concernant le Livre des Veilleurs, la recherche est partagée entre le IIIe siècle av. J.-C. et une datation plus haute encore, au IVe siècle av. J.-C., voire au début de ce siècle. Certaines parties du livre ont vraisemblablement été composées en hébreu, d’autres en araméen. Avant la découverte des fragments en araméen parmi les Manuscrits de la mer Morte, R. H. Charles avait déjà identifié que les chapitres 1-5 furent composés en hébreu, en utilisant le Texte massorétique du Deutéronome.

L’existence d’un livre éthiopien attribué à Hénoch est connue en Europe à partir du XVe siècle. C’est le voyageur écossais James Bruce qui, le premier, apporta d’Éthiopie en Grande-Bretagne, en 1773, trois exemplaires de ce livre. Deux manuscrits sont conservées à la bibliothèque bodléienne, le troisième est une copie spécifiquement préparée pour Louis XV et aujourd’hui conservée à la Bibliothèque nationale de France. La première traduction en anglais date de 1821, publiée à Oxford par Richard Laurence. La première édition du texte éthiopien est réalisée à Leipzig par August Dillmann en 1851.

La version originale en araméen était considérée comme perdue jusqu’à ce qu’on en trouve des parties à Qumrân en 1947 parmi les manuscrits de la mer Morte. Quelques passages en grec ont été publiés dès 1606 (des fragments conservés par Georges le Syncelle au IXe siècle). D’autres fragments ont été publiés : ceux contenus dans des manuscrits conservés à la bibliothèque vaticane en 1844, ceux issus d’une tombe découverte en 1886 à Akhmim en Égypte (publiés en 1892) et certains conservés à la bibliothèque de l’université du Michigan (publiés en 1937). Il existe également des fragments en latin, syriaque et copte.


Contenu et influence

L’Hénoch éthiopien est composé de cinq livres, précédés d’une introduction (1-5) aux trois premiers livres :

  • Le Livre des Veilleurs (6-36), composé à une époque antérieure à 200 av. J.-C., décrit la rébellion et la chute des anges déchus puis plusieurs voyages visionnaires au ciel et aux enfers en compagnie des archanges qui lui font diverses révélations. Le livre se divise lui-même en deux parties, LV1 (6-11) et LV2 (12-36).
  • Le Livre des Paraboles (37-71), composé vers 30 av. J.-C., contient des paraboles et des visions concernant la fin des temps et le Jugement dernier. Cette section contient le livre de l’apocalypse de Noé.
  • Le Livre de l’Astronomie (72-82), composé vers la même époque que les Veilleurs, est un traité d’astronomie et de météorologie.
  • Le Livre des Songes (83-90), composé vers 160 av. J.-C., est un recueil de songes visionnaires.
  • L’Épître d’Hénoch (91-107), composé au Ier siècle av. J.-C., dit aussi Parénèses, contient un ensemble d’exhortations et d’annonciations.

Suivant Joseph Milik, la deuxième place de l’ouvrage était initialement occupée par un Livre des Géants, ce qui explique le hiatus chronologique que constitue la présence du Livre des Paraboles, plus récent que les autres,

L’épître de Jude cite une prophétie que l’auteur attribue à « Hénoch le septième depuis Adam »:

  • Jude 14-15 « Énoch aussi, le septième depuis Adam, a prophétisé à ceux-ci, en disant : Voici, le Seigneur est venu au milieu de ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proféré contre lui des pécheurs impies ».

Les versets du 1 Hénoch:

  • 1 Hénoch 60:8 « Hénoch le septième depuis Adam ».
  • 1 Hénoch 1:9 « Voici, le Seigneur est venu avec ses saintes myriades, pour exercer un jugement contre tous, et pour faire rendre compte à tous les impies parmi eux de tous les actes d’impiété qu’ils ont commis et de toutes les paroles injurieuses qu’ont proféré contre lui des pécheurs impies ».

Et la source probable de cette section de 1 Hénoch:

  • Deutéronome 33:2 « Et il est sorti du milieu des saintes myriades : Il leur a de sa droite envoyé le feu de la loi ».

Il est vraisemblable que Saint Jude cite une tradition orale qui sera elle-même reprise dans le Livre d’Hénoch.

  • Citation extraite du Livre des jubilés concernant Hénoch : « Hénoch était le premier homme parmi les hommes qui sont nés sur terre qui apprit l’écriture et la connaissance et la sagesse et qui écrit dans un livre les signes du ciel selon l’ordre de leurs mois afin que les hommes connaissent les saisons des années selon l’ordre de séparation de leurs mois. Et il était le premier à écrire un témoignage et qui témoigna aux fils des hommes parmi les générations de la terre, et fit le décompte des semaines des jubilés et leur fit savoir les jours des années et plaça en ordre les mois et décompta des sabbaths des années ainsi que nous [les] lui avons fait savoir ».

Le texte a été la source d’inspiration de la magie énochienne, création littéraire du XVIe siècle baptisée « magie angélique » par son auteur John Dee, mathématicien, géographe et conseiller d’Elisabeth Ire. Le Livre d’Hénoch et la création littéraire de John Dee ont à leur tour servi d’inspiration aux franc-maçons britanniques du XIXe siècle : William R. Westwood, William Wynn Westcott, Aleister Crowley et Samuel Lidell MacGregor Mathers, qui ont rebaptisé le travail de John Dee « liber chanokh » ou « système hénokéen ».


Les Anunnaki et les nephilims

La Chute des anges rebelles, par Hieronymus Bosch

Sur les tablettes d’argile en écriture cunéiforme (écrits les plus anciens connus à ce jour) de la « mythologie mésopotamienne », le terme Anunnaki (akkadien) ou Anun-naku, du sumérien A-nun-na(k) « progéniture du dieu An le Seigneur de la Création (Cosmos) & Maître de l’Univers », désignait la classe dirigeante des dieux.

Les divinités étaient réparties en deux groupes. D’un côté les Anunnaki, qui gouvernaient le monde et résidaient sur les eaux le ciel et la terre, de l’autre les Igigi, êtres venant de la foi des hommes chargés de pourvoir aux besoins matériels de la classe supérieure et vivant sur terre. Les décisions étaient prises par le conseil des Anunnaki, supervisé par Anu, le roi des dieux, puis plus tard par Enlil son successeur. L’épopée d’Atrahasis (ou poème du Supersage) raconte comment les Igigi, épuisés par le travail, brûlèrent leurs outils et se révoltèrent contre les Anunnaki. Pour les remplacer et pour apaiser Enlil qui voulait les exterminer, Enki proposa la création d’un nouvel être, l’homme.

Les nephilims, nefilims (hébreu : הנּפלים), ou simplement géants, sont des personnages surnaturels de la Bible. Le mot « nephilim » apparaît deux fois dans la Torah – ou Pentateuque – (Gn 6. 4 et Nb 13. 33), où il est souvent traduit par « géants », mais parfois rendu tel quel. C’est la forme plurielle du mot « nephel » ou « nāphîl » en hébreu. Selon les interprétations, le mot « nephilim » pourrait signifier « ceux qui sont tombés », « ceux qui tombent » (anges déchus), ou « ceux qui font tomber » (qui corrompent les âmes des hommes).

Le passage de la Genèse où ils sont cités laisse entendre qu’ils sont, ou bien les « fils de Dieu », ou bien, selon une lecture plus largement répandue, le fruit de l’union entre « fils de Dieu » et filles des hommes. Ce passage de la Genèse précède l’épisode du Déluge et, si court soit-il, a donné lieu à diverses interprétations, souvent de caractère ésotérique. Les nephilims sont associés, par comparaison, à d’autres géants évoqués dans la Bible.

Selon le dictionnaire Brown-Driver-Briggs, l’étymologie de base du mot « nephilim » est « incertaine », et les diverses interprétations suggérées sont « toutes très précaires ».

La majorité des versions anciennes de la Bible, incluant la Septante, Théodotion, la Vulgate, les traductions de la Bible Samaritaine, le Targum Onkelos et le Targum Neofiti, interprètent le mot comme signifiant « géants ». Symmaque l’Ébionite, au IIe siècle, le traduit par « les violents », et la traduction d’Aquila de Sinope, datant de la même période, a été interprétée comme signifiant, soit « ceux qui sont tombés », soit « ceux qui tombent » – sous-entendu : « sur leurs ennemis ».

Le dictionnaire Brown-Driver-Briggs définit les nephilims comme étant des géants. Bon nombre d’interprétations parmi celles suggérées sont basées sur l’hypothèse que le mot est dérivé de la racine hébraïque « n-ph-l », signifiant « tomber ». Selon Robert Baker Girdlestone, le mot viendrait plutôt du verbe hébreu sous sa forme causative et, par conséquent, les nephilims seraient plutôt ceux qui « font tomber ». Adam Clarke comprend le mot comme un passé, « tombés » : les « apostats ». Ronald Hendel défend également l’idée qu’il s’agit d’une forme passive, « ceux qui sont tombés », apparentée grammaticalement, par exemple, à « paqid » (« celui qui est nommé », i.e. un surveillant), « asir » (« celui qui est attaché », i.e. un prisonnier), etc.

Dans la Torah ainsi que dans certains écrits juifs et chrétiens non canoniques, les nephilims sont des êtres issus d’une relation entre les « fils de Dieu » (בני האלהים, « benei Elohim ») – et les « filles des hommes ».

« Car nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang, mais contre les dominations, contre les autorités, contre les princes de ce monde de ténèbres, contre les esprits méchants dans les lieux célestes »
— Ephésiens 6:12

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