Une branche de la famille de Bouillanne au château de Saint-Pierre-de-Paladru

Comme l’explique bien l’un des meilleurs experts des noms de famille, Louis Beaucarnot, jadis, il n’était pas rare que le nom change d’une génération à l’autre : « Le Barbier parti de Rouen pour s’installer à Provins s’appellera désormais Normand. Par ailleurs, avec le temps, beaucoup de noms ont des diminutifs: Arnaud donne Naudin ou Nodin; Robert, Roberteau, puis Bertot… ». La plupart des noms menacés sont en fait de simples variantes orthographiques d’un nom – Durang pour Durand – qui poursuit sa vie sous une autre forme. Sachant qu’il faut distinguer les noms monophylétiques des noms polyphylétiques. Le généalogiste ajoute : « Les noms monophylétiques sont des patronymes rares qui n’ont été attribués à l’origine qu’à une seule personne. On peut donc supposer que tous ceux qui, aujourd’hui, portent ce nom, sont des cousins plus ou moins éloignés. A la différence des noms polyphylétiques, qui correspondent à des patronymes courants pour avoir été donnés un peu partout. » [1]

Certains patronymes veulent dire la même chose à partir de patois différents, d’autres se déforment au fil des siècles. Ainsi, un Arnoux révolutionnaire peut devenir Renoue au XXe siècle, après s’être transformé en Renou, Renoux. « Les noms sont parfois déformés par les changements de région, la phonétique, les erreurs d’état civil », analyse Marie-Odile Mergnac, auteure du passionnant Atlas des noms de famille (Archives & Culture). [2]

Concernant le nom de la famille de Bouillanne, nous avons expliqué dans un long article son origine et sa transformation au fil du temps. [3] Cette famille descend du vicomte de Nîmes, Ursus (∼879). Or, la seigneurie de Bouillargues dépendait directement de la vicomté de Nîmes, et donc du prince Ursus. Comme le précise lui-même le grand Frédéric Mistral, l’ancienne dénomination de ce lieu était Bulianicus, Bolianicus, Bollanicae, Bollanicis, Bolhanicis, du nom d’un domaine appelé Bouillanus, situé près de Rome. [4] Compte tenu de ces conjectures, nous ne pouvons nier la possibilité que la famille de Bouillanne tire son origine de ce lieu. Les membres de la famille de Bouillanne auraient donc été tout naturellement les seigneurs de Bollanicis. Nous retrouvons en effet un dénommé Pierre Bernard Cantarella, seigneur de Bollanicis, de Marcellaco et de Villare, dans une charte datée de 1125, ainsi que Raymond Cantarella et son père Bernard Pons, seigneurs de Bollanicis dans une autre charte de 1138. [5]

Pour Frédéric Mistral, le nom de famille dauphinois, de Bouillanne, dérive aussi du provençal Bouiano, Boulhano et Bouiant (Lou Tresor dóu Felibrige, page 319).

Les château de Saint-Pierre-de-Paladru, situé dans le département de l’Isère, en France.

Les Bolian sont issus des Bouillane

Armorial d'Hozier
Extrait de l’Armorial d’Hozier

Dans un document distribué entre 1932 et 1935 et aujourd’hui introuvable, le Bulletin paroissial de l’Abbé Millon, nous retrouvons des informations rares concernant la famille Bolian.

On y lit que les Bolian furent l’une des principales familles bourgeoises de Paladru, dans l’Isère. Si nous en croyons André Lacroix, les Bolian ou Boulian, ou encore Bouillan, de Paladru, appartiendraient à la famille des de Bouillane dont ils seraient l’une des branches. Il écrit dans son ouvrage de 1878 : « Une branche des Bouillane possédait à Saint-Pierre-de-Paladru un château de son nom. Elle était représentée en 1789 par un maître des comptes, dont le père avait été capitaine au régiment de Saintonge. Elle a fini par des filles. » [6]

Quoi qu’il en soit, les Bolian, sans la particule, apparaîssent seulement, à Virieu d’abord, au XVIe siècle, où ils sont qualifiés de marchands et possèdent un domaine tout près, à Blandin ; à Paladru, ensuite, au commencement du XVIIe siècle, dans la personne de Guillaume et de Clément Bolian, deux frères. [7]

La légende raconte que les de Bouillane sauvèrent un Dauphin des griffes d’un ours et qu’ils furent pour cet exploit, ennoblis, sinon enrichis. On leur donna ou ils choisirent des armes parlantes : leur écusson portait « une patte d’ours d’or mise en bande ». [8] Or, nous retrouvons le blason de l’avocat Claude-Joseph Bolian* dans l’Armorial général de France de Charles-René d’Hozier, qui démontre sans l’ombre d’un doute les liens de parenté existants entre la branche des Bouillanne du Daphiné et la branche des Bolian de l’Isère. [9]


Le château de Saint-Pierre-de-Paladru

Le lac de Paladru au XIXe siècle, illustré par Alexandre Debelle (1805-1897).
Le lac de Paladru au XIXe siècle, illustré par Alexandre Debelle (1805-1897).

Paladru est une ancienne commune de l’Isère dont la réputation s’est essentiellement forgée sur son magnifique lac et ses abords d’une superficie de 390 ha, sites inscrits au patrimoine. La commune offre de belles vues sur le lac, le Vercors et la Chartreuse. Paladru est une commune d’une superficie totale de 1164 hectares, son altitude varie entre 488 et 711 mètres. Le lac de Paladru, aussi appelé le lac bleu, recèle un très important site du Néolithique avec les villages néolithiques immergés des Baigneurs à Charavines, fouillés à partir de 1972 jusqu’en 1986.

L’architecture, la vie quotidienne, les activités domestiques, l’artisanat, etc. ont été étudiés par plus de soixante spécialistes divers. L’habitat immergé de Colletières à Charavines est une très importante illustration du Moyen Âge européen. Une exposition permanente des deux sites est visible au musée archéologique de Charavines.

De gueules à l'omble chevalier d’or posé en bande
Paladru: De gueules à l’omble chevalier d’or posé en bande.

En ce qui concerne le terme de Paladru qui constitue le nom principal de la commune, il existe deux théories : soit le mot palud (écrit parfois palue) signifie « marais » en ancien français. Le terme Paladru rattaché au village du même nom se rapproche donc ce terme. Un marais, celui de La Verronière (classé espace naturel sensible), est situé au nord du lac sur le territoire de l’ancienne commune de Paladru ; soit, selon l’historien dauphinois Nicolas Chorier, le terme Paladru pourrait se rapporter à la présence de chênes (« δρύς » drús en grec), sans qu’on sache sur quelle source, l’écrivain, décédé en 1692 à Grenoble, s’est réellement référé.

Au début de l’ère médiévale, l’ensemble du lac fait partie du comté carolingien de Sermorens créé tardivement au IXe siècle et qui est rattaché à la Francie médiane, puis au royaume de Provence. C’est au cours du XIe siècle qu’un essor démographique et économique entraîna une colonisation durable des rives du lac (site des chevaliers-paysans). Au Moyen Âge, un château de terre (Château-Vieux) se dressait sur la commune. Ce château transformé en château de pierre fut le chef-lieu du mandement de Paladru cité comme tel en 1107 dans le partage du comté de Sermorens. La chapelle de calvaire « les Trois-Croix » est l’ancienne chapelle castrale du château probablement érigée dans la basse-cour de ce dernier.

Au XIIe siècle, le lac de Paladru est dans la zone frontière des principautés de Savoie et du Dauphiné que ni l’une ni l’autre ne dominent complètement. Cette situation trouble favorise l’émergence de baronnies telle que la Maison des Clermont. En 1340, ces derniers prêteront hommage au Dauphin pour les châteaux de Virieu, Paladru, Montferrat, Saint-Geoire-en-Valdaine, tous à proximité du lac. Dès lors le site suivra le sort du Dauphiné et sera intégré au royaume de France.

La famille de Paladru ou Peladru était ancienne et noble dans le même endroit. Elle portait “de gueules au poisson d’argent mis en bande”. Depuis Guigues de Paladru, qui existait en l’an 1102, jusqu’à Marguerite de Paladru, dame de Monferrat, qui vivait l’an 1530, qui épousa Georges de Torchefelon, et qui a été la dernière de sa maison, il y a eu dix-huit degrés de génération. [10]

En 2016, le conseil municipal a voté la fusion avec la commune du Pin pour la commune nouvelle des Villages du Lac de Paladru. Le chemin de Compostelle partant de la ville de Genève en Suisse recueille les pèlerins suisses et allemands se rendant à la ville espagnole et aboutit à la via Podiensis tout en se confondant, dans son parcours français avec le chemin de grande randonnée GR65 passe au nord-ouest et à l’ouest de la commune. À la sortie du territoire de la commune de Valencogne, le sentier suit le chemin des crêtes des collines qui dominent le lac de Paladru, longe l’enceinte de l’ancienne chartreuse de la Sylve-Bénite puis se dirige vers Oyeu par le bois du Coquillard avant de rejoindre le territoire du Grand-Lemps.

Ancienne possession de la famille Bolian (de Bouillane), le château de St-Pierre qui est situé dans la commune nouvelle des Villages du Lac de Paladru, est la propriété actuelle de Monsieur Thibaud Richard, un exploitant agricole spécialisé dans la culture de céréales (à l’exception du riz), de légumineuses et de graines oléagineuses. (Kompass)

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Le Chemin de la Bouillane, à Virieu, se situe 15 minutes en voiture du château de Saint-Pierre, à Paladru.

__________

RÉFÉRENCES :

  1. Michel Feltin : Entrevue avec Jean-Louis Beaucarnot: «Jadis, il n’était pas rare que le nom change d’une génération à l’autre». L’Express, 29 novembre 2007.
  2. Nicolas Montard : L’histoire secrète de vos noms de famille. Ouest-France, 31 mars 2017.
  3. Guy Boulianne : Bouillargues: du prince Ursus, vicomte de Nîmes, aux seigneurs de Bollanicis. Publié le 15 octobre 2016.
  4. Frédéric Mistral : Lou Tresor dóu Felibrige ou Dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d’oc moderne. Tomes I et II. Remondet-Aubin, août 1886, page 319.
  5. Alexandre Teulet : Layettes du Trésor des Chartes, Volume 1. Henri Plon, Imprimeur-Éditeur, Paris 1863. Archives Nationales de France. Cotes : « J//314, 52, Toulouse, VII, n°1 », « J//335, 67, Nîmes, n°15 » et « J//329, Toulouse, XX, n°24 ».
  6. André Lacroix : Bulletin de la société d’archéologie et de statistique de la Drôme, tome 12, 1878, p. 304.
  7. Bulletin paroissial de l’Abbé Millon : Les Bolian. Tome 2. Distribué entre 1932 et 1935, p. 11.
  8. Guy Boulianne : Les Bolian sont issus des de Bouillane. Les Bonfils partagent la même légende. Publié le 10 octobre 2015.
  9. Charles-René d’Hozier : « Armorial général de France », dressé, en vertu de l’édit de 1696. Manuscrit 1701-1800, page 98.
  10. Guy Allard : Dictionnaire historique, chronologique, géographique, généalogique, héraldique, juridique, politique et botanographique du Dauphiné. Publié pour la première fois et d’après le manuscrit original par H. Gariel. Tome deuxième L–Z. Grenoble, Imprimerie Edouard Allier, 1864, in-8°, pp. 276-277.

SOURCES :

NOTE : Le 15 mai 2018, la Maison de Ventes de Baecque, à Lyon, a mis en vente le Lot n° 13 concernant 3 volumes manuscrits in-folio, du XVIIIe, formant 372, 348 et 338 pp. (reliures en mauvais état avec des restes de vélin sur les plats; la fin du second volume est très abîmé avec perte de texte sur les derniers feuillets). Le lot comprenait la copie intégrale des actes et titres de la famille Bolian, originaire du Dauphiné, qui donnât plusieurs magistrats au Parlement de Grenoble aux XVIIe et XVIIIe siècles, dont plusieurs portent le nom de Claude Bolian. Il s’agit d’une copie, sur plus de 1000 pages, réalisée à la fin du XVIIIe siècle, de tous les papiers de cette famille, du XVIe au XVIIIe siècle. Était joint un livre de comptes (in-4, débuté en 1731) et un acte de partage (1853). [La Gazette Drouot]. Voir les résultats de la vente en cliquant ici.

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