Le dévouement héroïque de Hyacinthe Richaud, maire de Versailles, exposant sa vie pour sauver celle des prisonniers d’Orléans en 1792

Toujours dans le cadre de ma passion à souligner et à collecter des archives concernant l’histoire de mes ancêtres et de mes cousins plus ou moins éloignés, il y a près de huit mois, j’ai fait l’acquisition d’une superbe biographie écrite par Georges Moussoir et publiée en 1897 par la Librairie Plon, intitulée : « Le conventionnel Hyacinthe Richaud. Les premiers maires de Versailles. Les prisonniers d’Orléans. L’armée de la Moselle. Lyon après le 9 thermidor ». Il s’agit d’un ouvrage de xii-459 pages In-12 avec reliure dos cuir, accompagné d’un fac-similé de lettre et d’un portrait de Hyacinthe Richaud (reliure très légèrement frottée, quelques légères rousseurs, pages 13 et 15 refixées à l’adhésif). Mais pourquoi donc acheter un tel livre s’il concerne en fait un des membres de la famille Richaud et non pas celle de Bouillanne ? En voici la raison :

Il y a une étroite union entre Ia race de Richaud à celle de Boliane. Elles habitent en même lieu, ont les mêmes titres et les mêmes armes, et tous intérêts sont communs entre elles. Comme l’écrivait Jules de Beylié en 1917 dans le “Bulletin de l’Académie delphinale” : « Les familles de Richaud et de Bouillanne qui, par suite d’alliances anciennes et répétées, n’en formaient en réalité qu’une. (…) [Les gentilhommes] avaient conscience de leur rang et se montraient jaloux de leurs privilèges au point de vue politique et fiscal comme au point de vue des préséances. » Nous lisons dans l’Annuaire de la noblesse de France et des maisons souveraines de l’Europe, de M. Borel d’Hauterive : « L’origine de cette famille dauphinoise a un caractère qui paraîtrait romanesque, si elle n’était appuyée par des documents historiques et par toutes les traditions du pays. Michel Richaud, bûcheron de la vallée de Quint, au comté de Die, et François Bouillane, son voisin et son compagnon, sauvèrent la vie au roi Louis XI, alors dauphin, dans la forêt de Vercors, en abattant un ours blessé, qui grimpait à sa poursuite le long d’une roche où il s’était réfugié. En souvenir de cet éclatant service, le prince anoblit les deux bûcherons et leur donna pour armoiries : d’azur, à une patte d’ours d’or, qui est encore le blason de leurs descendants. » Évidemment, notre famille est beaucoup plus ancienne que cet « anoblissement » qui n’était en fait qu’une reconnaissance de noblesse de la part du Dauphin.

Comme l’a si bien expliqué Michel Wullschleger, le fils de Charles VII chargea un de ses conseillers de rédiger « le registre delphinal » qui tenait à ses yeux de « bréviaire des anciens droys, honneurs et prérogatives du Dauphiné » : « Il y eut donc comme une seconde reconnaissance des titres de noblesse en Dauphiné accordée par le futur Louis XI, c’est-à-dire par un des grands rois de notre histoire (…). Peut-être cette sorte de transport de la noblesse delphinal, après celui du Dauphiné explique-t-il la place tenue par Louis dans la mémoire collective et dans la légende » (Gazette de l’Ours, No. 28, 15 novembre 1994, p. 1).

Alexandre Debelle (1805-1897) : Assemblée des trois ordres du Dauphiné reçus au château de Vizille par Claude Perier, le 21 juillet 1788. Huile sur toile (1862). INV. MRF 1983-7. Le tableau de l’assemblée de Vizille fut animé en 3D pour le spectacle des fêtes révolutionnaires de la ville de Vizille. Réalisation : Nicolas TERPEND. Musique : Stéphane DAMIANO.

Nous lisons dans le “Dictionnaire des parlementaires français”, comprenant tous les Membres des Assemblées françaises et tous les Ministres français depuis le 1er mai 1789 jusqu’au 1er mai 1889 avec leurs noms, état civil, états de service, actes politiques, votes parlementaires, etc. (publié sous la direction de MM. Adolphe Robert, Edgar Bourloton et Gaston Cougny. Éditeur Bourloton, Paris 1891, Tome 5, p. 141) :

« Hyacinthe Richaud, membre de la Convention [du 22 février 1793 au 26 octobre 1795], député au Conseil des Cinq-Cents [du 15 octobre 1795 au 19 mai 1797], représentant aux Cent-Jours [du 11 mai 1815 au 13 juillet 1815], né à Faucon (Basses-Alpes) le 31 décembre 1757, mort à Versailles (Seine-et-Oise) le 22 avril 1827, « fils de Jacques Richaud et de Thérèse Richaud, mariés », commença par être clerc de notaire, puis s’établit commerçant à Versailles. Administrateur du district, puis du département, maire de la ville, commissaire du gouvernement près l’administration centrale du département, il fut élu, le 17 septembre 1792, 4º député suppléant à la Convention par le département à Seine-et-Oise, avec 282 voix (671 votants).

« Richaud fut admis à siéger en titre le 21 février 1793, en remplacement de M. de Kersaint démissionnaire ; il se rendit en mission près l’armée de la Moselle, annonça l’évacuation de Saarbruck et la prise de Deux-Ponts, dénonça les fournisseurs de l’armée, se prononça ensuite à la Convention pour la suppression du maximum, fut envoyé à Lyon et rendit compte de la situation de cette commune, ainsi que de la célébration du 21 janvier. Réélu, le 23 vendémiaire an IV [15 Octobre 1795], au Conseil des Cinq-Cents, il y prit plusieurs fois la parole, sur la question des fermages, sur les salines nationales, sur le maintien des droits de douanes à la frontière, sur les vols de deniers publics et le mode de décharge des comptables.

« Ayant adhéré au coup d’Etat de Bonaparte, il fut, le 28 ventôse an VIII [19 Mars 1800], nommé conseiller de préfecture de Seine-et-Oise, et remplit ces fonctions jusqu’en 1815. Le 11 mai 1815, il représenta à !a Chambre des Cent-Jours l’arrondissement de Versailles, qui lui avait donné 35 voix (68 votants, 151 inscrits). Nommé, dans le même mois, sous-préfet de Versailles, il refusa ces dernières fonctions, malgré l’insistance du gouvernement impérial, pour remplir son mandat de représentant et parce que « sa santé s’était beaucoup altérée, étant dans les fonctions publiques depuis la Révolution. » Il rentra dans la vie privée après la session, et passa ses dernières années à Versailles. »

Arthur Chuquet, historien français, spécialiste de l’Allemagne et de la période révolutionnaire et napoléonienne, écrivait à propos de Hyacinthe Richaud dans la “Revue critique d’histoire et de littérature” (janvier 1897, page 479) : « Le conventionnel Richaud, maire de Versailles, a eu un jour de gloire, une heure sublime : le 9 septembre 1792, avec le plus généreux courage, il s’exposait à la mort pour sauver les prisonniers d’Orléans. Mais le livre n’est pas moins complet sur les autres actes de Richaud ; il le montre arrivant à la magistrature municipale, entrant à la Convention et aux Cinq-Cents, déployant à Pirmasens une bravoure téméraire, s’efforçant d’arrêter la désorganisation de l’armée de la Moselle et conquérant l’amitié de Hoche, s’opposant à Lyon aux mesures de réaction et de représailles, finissant modestement sa vie dans sa patrie d’adoption, où il fut durant vingt-sept ans conseiller de préfecture. »

Le président titulaire de la Société des sciences morales, M. Coüard, dit lors d’un discours prononcé à l’Hôtel des Réservoirs de Versailles : « Vous rappellerai-je, mes chers Confrères, la noble conduite d’Hyacinthe Richaud, maire de Versailles, exposant sa vie pour sauver celle des prisonniers d’Orléans dans les journées de septembre 1792 ? Hyacinthe Richaud, dont l’un de nos doyens, mon cher prédécesseur, M. Moussoir, nous a raconté la vie, si agitée d’abord, puis si calme, dans un livre que nous avons tous lu avec plaisir et profit. » (Revue de l’Histoire de Versailles et de Seine-et-Oise. Versailles 1914, page 21)

Plaque commémorative au carrefour des Quatre-Bornes à Versailles, sur laquelle Fournier l’Américain est nommément accusé.

En effet, le 9 septembre 1792, un convoi de 52 prisonniers transférés de la prison d’Orléans sous la conduite de gardes nationaux marseillais et parisiens dirigés par Claude Fournier-L’Héritier dit “Fournier l’Américain”, passe par Versailles, sur le chemin de Paris où ces derniers doivent être jugés. Une foule agressive les attend au carrefour dit des Quatre-bornes aux fins de parfaire son œuvre de salubrité patriotique.

Ce jour-là, vit-on le maire de Versailles, Hyacinthe Richaud, exposer sa vie afin d’empêcher ce crime odieux. Revêtu de son écharpe, Richaud, pour détourner de ces malheureux les sabres et les piques qui les menaçaient, se précipita sur le chariot où étaient entassés les principaux prisonniers qui, espérant échapper à la mort, s’attachaient à son habit avec désespoir. On l’entendit s’écrier : « Quoi! vous devez être les défenseurs de la loi, et vous voulez vous déshonorer! Ce ne sont pas ces prisonniers qui m’intéressent le plus, c’est vous, c’est votre honneur! » Ses efforts furent vains; quarante-sept prisonniers de tout ordre et de tout rang furent égorgés. (Alphonse Bertrand, 1906)

Malgré l’opposition de Charles-Jean-Marie Alquier, président du tribunal criminel de Seine-et-Oise et de Hyacinthe Richaud, maire de Versailles, un carnage a lieu. La foule exécute quarante-quatre de ces prisonniers dont Louis Hercule Timoléon de Cossé-Brissac, commandant en chef de la Garde constitutionnelle du Roi Louis XVI, Claude Antoine de Valdec de Lessart, ancien ministre de l’Intérieur puis des Affaires étrangères en 1791, Charles-Xavier de Francqueville d’Abancourt, ministre de la guerre en 1792, Jean-Arnaud de Castellane, comte-évêque du Gévaudan. Seuls huit prisonniers parviendront à s’enfuir pendant que les têtes des massacrés seront tranchées et empalées sur les grilles du château.

Massacre des prisonniers d’Orléans – les prisonniers détenus dans les prisons de la haute cour nationale d’Orléans sont massacrés en traversant la ville de Versailles.

Le rôle de Claude Fournier l’Américain dans cette tuerie fut quelque peu équivoque et il fut soupçonné d’avoir participé au carnage. Cependant, il semble avéré que les prisonniers avaient été séparés de leur escorte par la foule, et Fournier n’était pas à leurs côtés quand ils périrent. Il fut soupçonné d’avoir averti des membres du comité de surveillance de son passage ce jour-là. Le comité aurait dépêché une clique d’égorgeurs sur les lieux. Il semble que Danton lui-même ait été informé à l’avance, par Alquier, du forfait qui se préparait. Danton, ami de Fournier, ferma les yeux. La présence sur les lieux d’Alquier et de Richaud abonde dans ce sens. Il fut également soupçonné du vol des bagages des prisonniers. Les bijoux des prisonniers furent, dit-on, dérobés par François Héron, membre du Comité de sûreté générale. Le soir même, les hommes se rendirent aux écuries de la Reine, devenues maison d’arrêt de Versailles, où ils tuèrent treize détenus.

Concernant l’ouvrage biographique de Georges Moussoir, M. Chuquet écrivait« L’excellent livre de M. Moussoir n’a pas le ton du panégyrique. C’est une œuvre de réelle histoire, une véritable biographie où rien n’est omis, où l’activité de Richaud dans les camps ainsi que sa mission dans la région du Rhône est retracée aussi exactement et avec autant de détail que son administration versaillaise, et cette exactitude, cette simplicité du récit met en un relief saisissant le caractère de Richaud, son mâle patriotisme et le sentiment du devoir qui l’anima toujours. Les documents reproduits sont peut-être trop nombreux, et l’auteur n’a pu résister au plaisir de citer entièrement toutes les pièces qu’il a trouvées aux archives communales de Versailles et à celles de Seine-et-Oise et du Rhône, aux archives de la guerre, aux archives nationales ; mais la plupart sont intéressantes. Puissent les futurs biographes de nos conventionnels s’acquitter de leur tâche avec le même zèle, la même conscience, la même ardeur studieuse que M. Moussoir ! »

Avec la parution de l’Histoire des Girondins en 1847 et la publication d’extraits dans les journaux, Alphonse de Lamartine se trouva obligé de répondre à des critiques venues surtout de ceux qui voulaient défendre l’honneur ou la mémoire d’un ancêtre. Le fragment suivant est représentatif des lettres que Lamartine envoyait aux journaux en réponse à ces critiques.

Or, il s’avère que l’auteur fit une erreur dans le nom de notre héros dans l’édition originale de son œuvre historique en huit volumes. Il le nomma malencontreusement « Lachaud » au lieu de « Richaud ». Un parent, Charles Richaud, avait donc écrit à Lamartine la lettre suivante pour lui signaler l’erreur :

À M. de Lamartine
Paris, le 11 mai 1847

Monsieur, dans le récit que vous faites au 3° volume des Girondins (pages 395 et suivantes) de l’admirable conduite du maire de Versailles lors du massacre des prisonniers qui eut lieu dans cette ville à la suite du 2 septembre, ce magistrat, dont le véritable nom était Hyacinthe Richaud, est désigné sous celui de Lachaud.

Permettez, Monsieur, à un de ses proches parents de vous signaler cette erreur, qui n’est peut-être qu’une erreur typographique. Sans importance pour la vérité de l’histoire, elle en a une bien légitime pour une famille qui s’honore de porter son nom, et pour laquelle la noble et courageuse conduite de M. Hyacinthe Richaud est un souvenir si précieux. Ce motif excusera à vos yeux ma démarche, que justifie encore l’immense succès d’un livre qui restera comme un des ouvrages les plus importants sur cette terrible époque de notre histoire.

Veuillez recevoir, etc.

Signé Charles Richaud
maître des requêtes au Conseil d’État

Monsieur de Lamartine a donc répondu très rapidement dans cette lettre qui fut publiée à la deuxième page du Journal des débats politiques et littéraires, le 19 mai 1847 :

J’étais informé déjà depuis mon arrivée à Paris du véritable nom du héros civique de Versailles. Je l’ai restitué. L’héroïsme est si rare, qu’il faut le rendre fidèlement à qui il appartient. Cinq lettres de l’alphabet sont tout ce qui reste de nous, encore faut-il ne pas les intervertir.

L’erreur dans le nom de notre héros Hyacinthe Richaud fut donc corrigée dans les meilleurs délais, dès les éditions ultérieures, dont celle de 1858 publiée à Paris par le libraire-éditeur Furne.

Hyacinthe Richaud mourut à Versailles, le 22 avril 1827, dans sa soixante-dixième année. Son vœu suprême fut exaucé. Sur sa tombe, son ami, le docteur Battaille, pouvait dire :

« Le nombre et le choix des personnes dont la présence donne à cette pieuse cérémonie une pompe peu commune semblent faire penser que la Société vient de perdre un de ses membres les plus éminents par le rang et les dignités ; mais combien est pour nous plus solennel et plus touchant ce spectacle du concours de citoyens de toutes les classes, entourant la tombe d’un homme dont la vie toute pleine de nobles actions et d’éminents services, fut cependant aussi simple et modeste que son cœur fut noble et généreux, son caractère doux et conciliant, son âme forte et inébranlable, son esprit juste et inflexible dans le bien, d’un homme qui, par la seule candeur de sa probité, par la seule naïveté de ses vertus, le seul naturel de son courage, força la justice et la reconnaissance de ses concitoyens à ce degré d’estime, de respect et d’affection qui ne meurent pas avec lui. Que, de là haut où il vient d’être appelé, l’homme de bien que la Société regrette, jouisse du moins de la manifestation d’un sentiment que nos ménagements pour sa modestie n’ont pu que lui faire deviner durant sa vie… »

Au mois de mars 1848, un arrêté municipal donna le nom de Richaud à une rue de Versailles. Au mois de décembre 1854, la municipalité versaillaise fit placer sur la fontaine des Quatre-Bornes, devant laquelle Richaud avait voulu « mourir pour la loi » une plaque de marbre en son honneur. Georges Moussoir écrivait dans son ouvrage : « À notre époque où l’on n’est point avare de statues et de bustes, les concitoyens d’Hyacinthe Richaud doivent plus que cet humble hommage à l’homme qui fut le serviteur loyal et désintéressé de sa patrie; qui donna, dans un jour de fureur populaire, un héroïque exemple de courage civique, et, sur le champ de bataille, l’exemple du courage militaire ; qui ne voulut, pour seule récompense, que le souvenir intime des services rendus sans calcul, et du devoir accompli sans peur. »

Nous pouvons tous admirer au deuxième étage du Musée Lambinet à Versailles, dans la salle des victimes de la Révolution française, le tableau monumental de Jules Alfred Vincent Rigo sur le dévouement héroïque de Hyacinthe Richaud. Daté de 1854, ce tableau a une hauteur en 151 cm et une largeur de 200 cm (N° Inventaire D. 91.1.1). Il existe aussi une autre version de ce tableau peint en 1854 par Jules Rigo, ayant une dimension de 32.5 cm par 40 cm (N° Inventaire 200.6.1).

Pour terminer, notons que Hyacinthe Richaud est l’arrière-grand-père de Paul Richaud (1887-1968), cardinal archevêque de Bordeaux, avec le titre de cardinal-prêtre de Santi Quirico e Giulitta.

Jules-Vincent Rigo (1810-1892) : « Dévouement héroïque de Hyacinthe Richaud, maire de Versailles, le 9 septembre 1792 » – 1854. Huile sur toile. Don de M. Richaud, neveu du Maire, 1855 (N° Inventaire D. 91.1.1).

Georges Moussoir : « Le conventionnel Hyacinthe Richaud »

Jean Richaud était originaire du village de l’Enchastrayes, de la paroisse de Faucon, dans la vallée de Barcelonnette. Il appartenait à une famille très répandue dans le Dauphiné et la Provence, et qui compte encore de nombreux représentants dans les départements des Alpes, des Basses-Alpes, et de la Drôme. Une tradition s’est conservée, jusqu’à nos jours, dans cette famille. A l’époque où Louis XI n’était encore que dauphin, il aurait été mis en danger de mort, dans une forêt du Dauphiné, par un ours qu’il avait blessé. Deux bûcherons, répondant à son appel, l’avaient sauvé en tuant l’ours : ils s’appelaient Bouillane et Richaud. Sur leur refus d’accepter de l’argent pour prix de leur service, le dauphin les avait anoblis.

Si nul document historique ne confirme l’anoblissement des deux bûcherons Bouillane et Richaud, l’existence des deux familles nobles portant leurs noms est constatée par Nicolas Chorier dans son “Estat politique de la province de Dauphiné”, publié en 1671. Il les mentionne ainsi :

BOLIANE. Dans la paroisse de Saint-Julien-en-Quint, du Diois, sont seize familles de ce nom et de même sang. Ce sont de fort pauvres Gentils-hommes, dont la Noblesse a néanmoins esté reconnue par les jugements de tous les intendants envoyez en cette province… D’Azur à une patte d’Ours posée en bande d’or.

RICHAU. Il y a une étroite union entre la race de Richau et celle de Boliane. Elles habitent en même lieu, ont les mêmes tiltres, et les mêmes armes, et tous intérests sont communs entr’elles. Pierre de Richau vivait l’an 1554, et obtint alors Arrest déclaratif de sa noblesse, conjointement avec Jean et Antoine de Boliane et, depuis ce temps-là, elle n’a pas été contestée. De ce tige subsistent présentement treize branches, qui ont leur résidence à Saint-Julien-en-Quint dans le Diois.

Ce sont de pauvres Gentils-hommes, à qui la Noblesse est un obstacle à toute espérance d’une meilleure fortune. D’Azur à une patte d’Ours d’or posée en bande.
Les blasons respectifs des deux familles nobles de Bouillane et de Richaud: « D’azur à la patte d’ours d’or mise en bande ».

La patte d’ours qui figure dans les armes des deux familles, et cette communauté de titres et d’intérêts, semblent bien donner raison à la tradition gardée non seulement par la famille Richaud dont quelques branches font précéder leur nom de la particule nobiliaire, mais aussi par la famille de Bouillane.

Quoi qu’il en soit, si Jean Richaud croyait à sa noblesse, il ne la considérait pas comme « un obstacle à toute espérance d’une meilleure fortune. » Ce fut au commerce qu’il demanda cette fortune. Quelques années avant de se fixer à Versailles, il avait quitté la vallée de Barcelonnette pour aller négocier dans la Bourgogne et dans l’intérieur de la France, c’était probablement un de ces courageux porte-balle comme on en rencontre à l’origine de quelques riches familles commerçantes. Il parait s’être arrêté un certain temps à Dijon. Quand il arriva à Versailles, ses affaires avaient assez prospéré pour qu’il pût ouvrir boutique dans le quartier le plus commerçant de la ville, sous le nom de Jean Richaud le Jeune.

Lettre de Hyacinthe Richaud incluse dans le livre de Georges Moussoir.

Il appela, auprès de lui, en 1773, son neveu François Richaud, un jeune homme de vingt-trois ans, originaire comme lui de la paroisse de Faucon; et, quelques années plus tard, il en fit son associé.

Le 23 février 1775 il épousa, en l’église Notre-Dame, Hélène-Thérèse Leblond qui appartenait à une famille de commerçants de cette paroisse. Il en eut six enfants : c’était encore le bon temps des grandes familles. Jean Richaud mourut le 12 mars 1787, à l’âge de quarante-cinq ans, laissant à sa veuve la charge de quatre enfants dont elle fut nommée tutrice par sentence du bailliage de Versailles du 14 mars 1787, et la direction de sa maison de commerce qui était devenue un des magasins de mercier les plus importants de la ville.

L’aide de son neveu François ne lui suffisant pas, la veuve de Jean Richaud fit venir à Versailles un autre de ses neveux, Hyacinthe Richaud, frère puîné de François. Elle s’associa les deux frères et, dès lors, la maison de commerce fut connue sous la raison sociale : veuve Jean Richaud le Jeune et neveux.

Hyacinthe Richaud avait alors trente ans : il était né à Faucon le 30 décembre 1757. Son père Jacques Richaud avait épousé une cousine Thérèse Richaud dont il avait eu cinq enfants : François, Hyacinthe, Louis qui rejoignit ses deux frères aînés à Versailles avant la Révolution, Jean-Jacques et Elisabeth qui ne quittèrent point le pays natal.

Hyacinthe Richaud ne s’était pas destiné au commerce. Il avait commencé par être clerc de notaire. Son instruction était assez complète pour qu’il ne fût déplacé dans aucune des fonctions publiques que l’avenir lui réservait. Il résidait à Chalon-sur-Saône lorsque sa tante l’appela à Versailles, où il devait, en si peu de temps, conquérir l’estime, l’affection, la confiance de ses nouveaux concitoyens.

L’arrivée d’Hyacinthe Richaud à Versailles coïncidait avec la constitution d’une première municipalité. Par l’édit de juin 1787, Louis XVI avait créé les assemblées provinciales, et établi des municipalités électives dans les paroisses qui n’avaient pas encore d’assemblées municipales. Un règlement royal du 18 novembre 1787 détermina la formation et la composition de l’assemblée municipale de la ville de Versailles. Cette première municipalité mérite, peut-être, qu’on s’y arrête un instant, puisque ce fut devant elle que se déroula le premier acte du drame de la Révolution….


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