Une ruelle de l’ancienne Cité de Maisonneuve, à Montréal, fut nommée en l’honneur de mon cousin issu de germains, William Boulianne

Je me souviens du jour,— j’avais alors 12 ou 13 ans —, où mon père nous avait appris qu’une ruelle au nom de notre famille existait dans l’est de Montréal. Un peu comme pour l’histoire du légendaire Alexis Lapointe, dit le Trotteur, ma curiosité fut dès lors piquée à vif. Mon paternel nous avait bien averti qu’il ne s’agissait que d’une simple ruelle située dans l’un des quartiers les plus pauvres de Montréal. Je savais donc d’ores et déjà qu’il ne fallait pas s’attendre à y voir un grand boulevard dans toute sa magnificence. La ruelle Boulianne est située au sud de la rue Ontario, entre les avenues de La Salle et Letourneux, dans l’ancienne municipalité de Maisonneuve. Depuis ma plus tendre enfance, je me suis demandé en l’honneur de quel membre de la famille cette ruelle avait été nommée, et pourquoi ? Je ne sais pour quelle raison, ce souvenir m’est soudainement revenu à la mémoire. J’ai donc décidé de faire quelques recherches pour en savoir un peu plus à ce sujet.

Le seul document que j’ai pu dénicher à partir de l’internet se trouve dans les Archives de Montréal, sous la cote CA M001 VM166-1-2-D2015. Nous y apprenons que la ruelle Boulianne fut ainsi appelée le 9 août 1905, par le Conseil de l’ex-Cité de Maisonneuve {vol.7, p.163). On lit dans ce document que « cette ruelle fut ainsi désignée à la demande de M. William Boulianne », ce qui est probablement une erreur de copiste (nous le verrons ci-dessous). Cinquante-sept ans plus tard, un changement de qualificatif fut demandé pour la ruelle Boulianne auprès du sous-comité de la toponymie de Montréal :

Le 6 février 1962.

Le sous-comité de la toponymie a pris connaissance du dossier relatif au changement du qualificatif de la ruelle Boulianne, dans le quartier Maisonneuve. Cette voie s'étend, immédiatement au sud de la rue Ontario, entre les avenues de La Salle et Letourneux, et trois logements y ont leur entrée principale. Rappelons que le nom Boulianne fut donné en l'honneur de William Boulianne, citoyen de Maisonneuve.

En vertu du principe que le sous-comité a adopté, concernant les voies habitées portant le qualificatif de ruelle, il fut résolu de recommander de changer le qualificatif de la «ruelle Boulianne» en celui de «rue Boulianne».

En conséquence, le sous-comité de la Toponymie vous prie de demander au Comité exécutif de recommander au Conseil de donner le nom de rue Boulianne à la voie, comme présentement sous le nom de ruelle Boulianne, qui s'étend immédiatement au sud de la rue Ontario, entre les avenues de La Salle et Letourneux, dans le quartier Maisonneuve.

Comme il s'agit de changer Le qualificatif d'une voie, c'est au Conseil de le faire en vertu des paragraphes 6 et 7 de l'article 522 de la Charte.

Cette résolution fut adoptée par le Comité exécutif de la Ville de Montréal le 21 juin 1962. Ce document me fournit déjà une piste intéressante en indiquant que le nom de la ruelle fut donné en l’honneur d’un dénommé William Boulianne. Mais ceci n’était pas suffisant car cela ne m’indiquait nullement de quel William Boulianne il s’agissait exactement. J’ai donc décidé d’écrire à l’Atelier d’histoire Mercier-Hochelaga-Maisonneuve (@AtelierHMHM) pour tenter d’en apprendre un peu plus à ce sujet. Quatre jours plus tard je reçus une réponse du directeur-historien, Olivier Dufresne, qui m’écrivit :

Bonjour. Une de nos chroniques Facebook qui doit être publiée dans les prochaines semaines porte sur des petites rues dans Maisonneuve dont la rue Boulianne. Voici ce que l'on pourra y lire à ce sujet : « a) Rue Boulianne : située au sud d’Ontario entre de La Salle et Letourneux. Le 9 août 1905, le conseil de Maisonneuve accepte la pétition d’Ulysse Boulianne, maître charpentier, de nommer cette artère du nom de Boulianne. Il habitait avenue de La Salle au nord d’Ontario. Plusieurs Boulianne habitaient cette rue. »

Voilà donc une précision supplémentaire ! J’y apprends du coup que la ruelle fut nommée le 9 août 1905, non pas à la demande de William Boulianne, mais plutôt à la suite d’une demande officielle du maître charpentier, Ulysse Boulianne (en effet, depuis quand une personne demande-t-elle que le nom d’une rue soit donnée en son propre nom ?). La ruelle Boulianne fut ainsi appelée en l’honneur de William Boulianne, et non pas « à sa demande » comme l’écrit la ville de Montréal en frontispice du document.

Il ne m’en fallait pas plus pour savoir exactement en l’honneur de qui la ruelle Boulianne fut nommée. Il s’agit de mon cousin germain William Boulianne, descendant à la 4e génération de notre ancêtre commun Louis-Marie Bouillanne, lui-même fils de Jean-Marc de Bouillanne, l’ancêtre de tous les Boulianne et Bouliane vivant en Amérique du Nord. Le maître charpentier qui fit la demande pour appeler la ruelle du nom de « Boulianne » est nul autre que Ulysse Boulianne, le frère cadet de William.

William Boulianne est né le 24 septembre 1870 à Laterrière (Chicoutimi, Québec). Après le décès de sa première épouse, son père s’installa à Montréal avec sa seconde femme et ses enfants. Il semble que Joseph Boulianne et ses enfants ont tous habité dans le même bloc de logements, soit aux 693, 695 et 697 de l’avenue La Salle à Maisonneuve. Auparavant, lorsqu’il résidait à La Malbaie, Joseph Boulianne était désigné comme étant un cultivateur. À son arrivée à Montréal, il est tout à fait possible qu’il soit devenu un marchand ou un journalier comme il est indiqué dans le Lovell de 1905. François Boulianne, le forgeron qui habitait au 695 de La salle, était un autre fils du second mariage de Joseph. Il était en effet un riche homme d’affaires, propriétaire d’une fonderie à Maisonneuve.

William Boulianne épousa en premières noces Régine Reeves et en secondes noces Hortense Bisson. Il passa toute sa jeunesse dans la Cité de Maisonneuve, fort probablement sur l’avenue La Salle. Des années plus tard, il déménagea avec sa femme au 12809 Notre-Dame est. Nous savons que William était un employé de chemin de fer. Il est donc fort probable qu’il travaillait comme charpentier aux chemins de fer avec son frère Ulysse. D’ailleurs, dans leur jeunesse, ils habitaient tous les deux à la même adresse, c’est-à-dire au 697 de l’avenue La Salle. Par la suite, il devint chef de police. Est-ce en raison de services rendus à la communauté ou parce qu’il était un conseiller à la ville de Maisonneuve que le nom de la rue (ruelle) Boulianne fut désignée en son honneur ? À cela, André Cousineau, chercheur à l’AHMHM me répond : « Je peux vous dire tout de suite qu’aucun Boulianne n’a été conseiller de Maisonneuve. La ville de Maisonneuve acceptait de nommer des rues ou des ruelles à la demande de propriétaires terriens et non pas nécessairement parce que ceux-ci avait apporté une contribution hors de l’ordinaire. »

L’avis de décès qui fut publié à la page 2 du journal “Le Devoir” nous apprend que William Boulianne est décédé le 7 février 1944 à Pointe-aux-Trembles à l’âge de 73 ans. Le convoi funèbre est parti des salons “Monty, Gagnon & Monty” situés au 4156 rue Adam, dans le quartier Maisonneuve, pour se rendre à l’angle des rues Notre-Dame et 8e avenue à Pointe-aux-Trembles où le ralliement s’est fait pour se rendre ensuite à l’église Saint-Enfant-Jésus, où le service fut célébré. Tout comme son père, William Boulianne fut inhumé au Cimetière de l’Est, aujourd’hui le Cimetière le repos Saint-François d’Assise.

À propos de l’ancienne municipalité de Maisonneuve

Maisonneuve est une ancienne municipalité du Québec située sur l’île de Montréal. Fondée en 1883, elle a été annexée par Montréal en 1918. Elle est devenue un des neuf quartiers de référence de l’arrondissement Mercier–Hochelaga-Maisonneuve.

Maisonneuve est issue de la municipalité de Hochelaga, constituée à l’est de Montréal en 1875. Lorsqu’en 1883, Hochelaga décide de s’annexer à Montréal, les grands propriétaires qui possèdent les terrains les plus à l’est décident de demeurer autonomes et ils fondent une nouvelle municipalité, Maisonneuve. Il s’agit alors d’un simple village peuplé d’une cinquantaine de familles. Son territoire s’étend du fleuve Saint-Laurent jusqu’au plateau central de l’île.

Les terres agricoles de Maisonneuve passent rapidement aux mains de grands industriels locaux qui, en quelques années, organisent la municipalité comme une ville industrielle. La savonnerie de Joseph Barsalou, la fabrique de tuiles et de briques d’Alphonse Desjardins, des usines de chaussures, de textiles (la filature Hudon et la filature Sainte-Anne qui fusionneront et deviendront la Dominion Textile) et d’alimentaire (la biscuiterie Viau de Charles-Théodore Viau est une des plus fameuses de l’Empire britannique), entre autres, s’y établissent et attirent des milliers d’ouvriers. En une quinzaine d’années, Maisonneuve devient le cinquième centre industriel du Canada.

Parmi les grands industriels francophones de Maisonneuve figurent les frères Oscar et Marius Dufresne, héritiers de la riche entreprise familiale de fabrication de chaussures, fondée par leur père Thomas. En quelques années, ces notables locaux se lancent dans un projet très ambitieux : faire de Maisonneuve une ville modèle. Marius, à la tête du conseil municipal, trace un plan d’urbanisme majestueux et fait bâtir de magnifiques édifices publics (le marché Maisonneuve, le bain Maisonneuve, l’hôtel de ville, la caserne des pompiers). Dans l’intérieur des terres, sur le plateau, face au petit château que se sont construits les frères Dufresne (le Château Dufresne), ces visionnaires dressent le plan d’un gigantesque parc comprenant un golf, des terrains de sports, un autodrome, un jardin botanique, des amphithéâtres…

La Première Guerre mondiale, avec ses conséquences économiques, met un terme à ces projets. L’effondrement du marché immobilier entraîne une crise du logement et la municipalité subit une grave crise financière. Incapable de faire face à ses obligations, Maisonneuve demande son rattachement à Montréal en 1918. Sa population atteint alors 31 763 habitants.

Les bâtiments les plus importants et les plus représentatifs de la brève existence de Maisonneuve témoignent de cette époque : l’hôtel de ville, le bain, le marché, la caserne, le Château Dufresne, de même que plusieurs édifices industriels. Quant au parc imaginé par les frères Dufresne, il a vu le jour sous le nom de Parc Maisonneuve et comprend plusieurs des éléments prévus, notamment le Jardin botanique. Plus tard, le Stade olympique y a été construit, de même que plusieurs autres aménagements sportifs et muséaux importants.

Plus discret, le patrimoine résidentiel de Maisonneuve présente un intérêt particulier en raison de la présence d’une architecture ouvrière côtoyant quelques maisons prestigieuses. Le 26 mars 2006, l’Ancienne-Cité-de-Maisonneuve est classée site patrimonial par le gouvernement du Québec.


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« Merci en mon nom et de bien d’autres qui vous sont reconnaissants pour votre travail de sentinelle indéfectible… qui lui sauve des vies… pour de VRAI. »

Carole Lavoie

« Bonjour M Boulianne, merci pour votre travail qui m’a apporté la clefs que j’avais besoin pour comprendre tout ce que j’avais déjà lu, mais il me manquait la clefs pour voir. Grâce à votre ouvrage, tout est devenu clair. Merci. »

Sebastien Pauthier

« Bonjour monsieur Boulianne. Je tenais à vous remercier pour la pertinence de vos écrits. Voilà, merci encore pour votre excellent travail de ré-information. Au plaisir de vous lire. »

Karel Turcotte

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