En retirant le crucifix de l’Assemblée nationale, le Québec se soumet à nouveau au pouvoir de sa majesté britannique


[NOTA BENE : Mon propos n’est pas religieux, il est patrimonial et politique] — J’aimerais bien adopter François Legault à 100 % en tant qu’homme d’état, mais cela m’est impossible. Voilà que le crucifix sera retiré du Salon bleu à l’Assemblée nationale.

Il est donc si facile pour le gouvernement de nous retirer nos propres symboles, alors qu’il est si frileux à le faire pour les communautés religieuses ayant choisi d’élire domicile au Québec! Le gouvernement Legault retire — sans même demander notre autorisation — le seul symbole qui représente le ciment du peuple québécois à l’Assemblée nationale. Ceci est inadmissible! Legault ose faire cela! … J’espère maintenant qu’il saura se tenir debout devant les groupes de pression extrémistes qui font valoir leurs multiples revendications au Québec, tout en nous insultant et en nous diffamant en tant que Nation.

« On comprend que Duplessis souhaitait, en plaçant le crucifix au mur de l’Assemblée législative, séparer la couronne britannique et l’Église anglicane de l’État canadien-français au Québec. » — Jean Laberge, professeur de philosophie au collège du Vieux Montréal

Donc, tant qu’à éradiquer l’histoire et le patrimoine des Canadiens français, il faudra que Legault — en toute logique — retire aussi tous les autres symboles religieux de l’Assemblée nationale, dont les symboles anglicans (le monarque britannique est le chef de l’église anglicane). En effet, le premier indice qui peut aider un laïcard à se situer et à prendre conscience de l’ampleur de la tâche se trouve à peine un mètre au-dessus du crucifix. Les armes de la Grande-Bretagne, dont la présence nous rappelle une défaite, figurent là au-dessus du trône et du crucifix : « Dieu et mon droit ».

N’oubliez jamais que le lion couronné d’or symbolise l’Angleterre tandis que la licorne d’argent symbolise la France, et que cette licorne est enchaînée. En ce qui concerne les armoiries du Canada ou armoiries de Sa Majesté la Reine du chef du Canada : les supports de l’écu sont le lion de l’Angleterre et la licorne enchaînée. Ils se différencient des armoiries du Royaume-Uni par le fait qu’ils ne sont pas couronnés et tiennent chacun une lance : un « Union Flag » flotte à la lance du lion, et la bannière royale de France (d’azur aux trois fleurs de lis d’or) flotte à celle de la licorne.

Si François Legault veut tant laïciser l’Assemblée nationale, il lui faudra aussi retirer la fresque de l’artiste Charles Huot intitulée, « Je me souviens », qui décore le plafond où l’on peut voir les héros de notre race au Paradis, entourés d’anges; Jacques Cartier tenant son énorme croix tout en haut. Legault osera-t-il poser ce geste ?! Dans le cas contraire, cela signifie clairement que tout n’est qu’hypocrisie et sale besogne !

Il faut comprendre que le crucifix, placé en 1936 par Maurice Duplessis au dessus du Trône de l’Assemblée nationale, représentait une sorte de barrière symbolique entre la domination de la Couronne britannique et le peuple canadien-français. En retirant le crucifix comme le fait le gouvernement Legault — tout en laissant à leur place les symboles religieux anglicans — nous venons de nous soumettre à nouveau au pouvoir de sa majesté britannique. Le monarque dominera maintenant le président de l’Assemblée nationale.

Les gens qui nous gouvernent sont de vraies girouettes qui tournent en rond, sans vraiment proposer de réelles solutions… des solutions à long terme. Comme le dieu romain « à deux têtes » Janus, représenté avec une face tournée vers le passé et l’autre sur l’avenir, le gouvernement nous fait reculer de 100 ans, dans les âges les plus sombres de notre histoire collective : « Un pas en avant, un pas en arrière » est sa devise.

La seule vraie solution se situe dans la Déclaration unilatérale de l’indépendance du Québec, soutenue et reconnue par des pays étrangers. Tout le reste n’est qu’enfumage… En bon Québécois : du « rafistolage »… une sorte de mauvaise courtepointe…


Chef et gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre

Le chef suprême de l’Église d’Angleterre est un titre détenu par le roi Henry VIII, qui définit sa suprématie totale sur toute l’église d’Angleterre. Ce titre créé pour le roi Henry VIII, qui était responsable de la rupture de l’église d’Angleterre avec l’autorité de l’église catholique romaine, après l’excommunication par le pape en apparence de son divorce avec sa femme, la princesse Catherine d’Aragon, en 1533. Vers 1536, alors que la rupture était faite, il saisit les églises actives en Angleterre et établit l’église anglicane, et s’auto-déclare à sa tête. The Act of Supremacy, en 1534, confirma le statut de possesseur de la suprématie sur l’église au royaume d’Angleterre, et pour la noblesse la nécessité de prêter serment en reconnaissant cette suprématie.
La reine Marie Ire, fille de Henry VIII, tenta de restaurer l’allégeance de l’église en Angleterre au saint-Siège, et abrogea The Act of Supremacy en 1555. Elizabeth prit le trône en 1558 et, l’année suivante, le parlement d’Angleterre adopta The Act of Supremacy (1559), qui restaure la loi originale.
Le nouvel Oath of Supremacy, pour lequel les nobles furent requis pour prêter serment donna le titre de gouverneur suprême de l’église anglicane au monarque plutôt que celui de chef suprême. Le titre de gouverneur suprême de l’Église d’Angleterre (Supreme Governor of the Church of England) est porté par les rois et reines du Royaume-Uni (actuellement Élisabeth II), et marque l’autorité théorique qu’ils exercent sur l’Église d’Angleterre. Dans les faits, la prérogative principale du Gouverneur suprême, à savoir nommer les membres les plus importants de la hiérarchie ecclésiale, est exercée par le Premier ministre du Royaume-Uni, conseillé par les dirigeants de l’Église. Le monarque ne fait que ratifier formellement la nomination. Ce titre est porté par les souverains britanniques depuis le règne d’Élisabeth Ire (1558-1603).

« Il est certain néanmoins que juifs et musulmans ne peuvent pas se reconnaître pleinement dans le crucifix. Or, on notera que personne parmi eux n’a jamais demandé à ce qu’il soit décroché. Sans doute est-ce par respect pour l’histoire de cette nation qui est aussi la leur. Pourquoi faudrait-il retirer du siège de cette nation, l’Assemblée nationale, un objet faisant à ce point partie intégrante du patrimoine culturel de ceux qui, déjà là depuis toujours, ou implantés depuis des siècles, ou venus des quatre coins du monde, ont bâti le Québec jour après jour? Ce crucifix-là, c’est à notre histoire commune qu’il renvoie. »

— Lucia Ferretti, historienne et enseignante à l’UQTR

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