Un Fils de l’Ours — Ismaël Boullian: astronome, mathématicien, météorologue. Inspirateur de Isaac Newton et ami de Blaise Pascal

D’après le site internet House of Names, « des noms de famille nobles, comme Boulianne, évoquent des images de l’ancienne patrie du peuple français. Le porteur d’origine du nom Boulianne, qui est un nom de famille local, a autrefois vécu, possédé des terres ou est né dans la belle région de Savoie. En France, les noms de famille héréditaires sont adoptés selon des règles assez générales et à la fin du Moyen Âge, les noms dérivés des localités se répandent de plus en plus. Les noms locaux désignaient à l’origine la propriété du village ou du domaine, tandis que les noms de zones plus vastes indiquaient généralement un ancien habitant ou un propriétaire terrien très puissant. »

Comme l’explique l’un des meilleurs experts des noms de famille, Louis Beaucarnot, jadis, il n’était pas rare que le nom change d’une génération à l’autre. [1] Certains patronymes veulent dire la même chose à partir de patois différents, d’autres se déforment au fil des siècles. Ainsi, un Arnoux révolutionnaire peut devenir Renoue au XXe siècle, après s’être transformé en Renou, Renoux. « Les noms sont parfois déformés par les changements de région, la phonétique, les erreurs d’état civil », analyse Marie-Odile Mergnac, auteure du passionnant Atlas des noms de famille (Archives & Culture). [2]

Concernant le nom de la famille de Bouillanne, nous avons expliqué dans un long article son origine et sa transformation au fil du temps. [3] Cette famille descend du vicomte de Nîmes Sigisbert VI, surnommé le prince Ursus (∼879), qui fit souche dans le sud de la France, plus particulièrement à partir du village de Bouillargues, au sud-est de Nîmes dans le Gard. En 916, le village se nomme Bulianicus ; peu après, ce sont les noms de Bolianicus, Bollanicae, BollanicisBolhanicis, puis Bolhargues qui s’imposent. Par la suite apparaît le nom moderne de Bouillargues. [4]

Mention de Pharamund de Boloynne dans le Rotuli Hundredorum de l’an 1273.

Comme le précise Frédéric Mistral, l’ancienne dénomination de ce lieu était Bulianicus, Bolianicus, Bollanicae, Bollanicis, Bolhanicis, du nom d’un domaine appelé Bouillanus, situé près de Rome. Pour lui, le nom de famille dauphinois, de Bouillanne, dérive aussi du provençal Bouiano, Boulhano et Bouiant. [5]

Dans un document distribué entre 1932 et 1935 et aujourd’hui introuvable, le Bulletin paroissial de l’Abbé Millon, nous retrouvons des informations rares concernant la famille Bolian. [6] Si nous en croyons André Lacroix, les Bolian ou Boulian, ou encore Bouillan, de Paladru, appartiendraient à la famille des de Bouillane dont ils seraient l’une des branches. [7] Les variations du nom Bolian comprend : Bullen, Bulen, Bullan, Bulloyne, Bouleyne, Bulleyn et beaucoup plus (Forebears).

Le nom Bolian s’est retrouvé dans divers comtés à travers la Grande-Bretagne. La plus ancienne inscription du nom semble être Gilebert de Bollon dans le Northumberland, en 1168. Plus d’un siècle plus tard, le Rotuli Hundredorum de l’an 1273 énumérait : Pharamund de Boloynne dans le Buckinghamshire; Richard de Boloyne à Somerset; John de Boloyne dans le Cambredge; et Thomas Boloyne dans l’Essex. Fait intéressant, les rouleaux répertorient également Simon, comte de ‘Buloyne’ comme résidant à Oxford. [8] Dans l’Histoire de Norfolk, Simon de Boylen a été inscrit à la même époque. Certains membres de la famille Bolian ont immigré en Irlande. Il est à noter que Pharamund est une réminiscence du légendaire Pharamond, le premier roi mérovingien, fils de Marcomir et père de Clodion le Chevelu.

Au fil du temps et des alliances le nom des de Bouillanne s’est transformé, tout comme le meuble de la famille — la Patte d’Ours —, a évolué de différentes manières au sein des blasons successifs.


Ismaël Boulliau, dit aussi Ismaël Boullian

Portrait de Ismaël Bouillaud. Gravure XVIIIe, 24 x 18 cm. Collection privée: Guy Boulianne.

Toujours selon le site internet House of Names, les variantes orthographiques du nom Boulianne comprennent : Bouliane, Boulliau, Bouliau, Boulliard, Bouliard, Boullier, Boulier, Boulin, Boullin et bien d’autres. On notera à cette époque Ismaël Boulliau, né à Loudun en 1605, fils d’un protestant fervent, converti au catholicisme et ordonné prêtre en 1630. Il servit Jacques Dupuy comme secrétaire et devint attaché du président de Thou, qu’il accompagna en Hollande, où il est enregistré comme ayant catalogué la bibliothèque. Il fit de nombreux voyages en Italie, en Allemagne et en Pologne, où le roi Jean-Casimir le désigna comme délégué des Provences-Unies (provinces unies) pendant la guerre avec la Suède. (réf. House of Names)

Ismaël Boulliau (écrit aussi : Boulliaud), dit aussi Ismaël Boullian (en latin Ismael Bullialdus), né le 28 septembre 1605 à Loudun et mort le 25 novembre 1694 à Paris, est un astronome français.

De parents calvinistes, de père notaire, Ismaël Bouillau porte le nom d’un frère aîné mort l’année précédente. Son père est féru d’astronomie et porte le même prénom qu’eux. Le père et le fils observent ensemble la comète de 1618 (son père a déjà observé en 1607 la fameuse comète de Halley).

Converti au catholicisme, il fut ordonné prêtre et en 1632, il devint à Paris le secrétaire de Jacques du Puy, garde de la bibliothèque du roi. Là s’assemblaient l’« Emericus Bigotius », ou Émery Bigot, avec Grotius, Blondel, de Launoy, Guyet, Ménage, Thoinart, etc., ses amis les plus intimes. Il voyagea alors pour leur compte, afin d’acheter des livres et traduisant de nombreux ouvrages du grec en latin.

À la tête du « cabinet » des Dupuy, il commet lors de la mort de Jacques Aleaume (1627) une coupable indélicatesse en faisant disparaître l’Harmonicon Celeste de François Viète pour l’envoyer sur la fin de sa vie à Cosme III de Médicis dont il espérait gagner les faveurs. À la mort des frères Dupuy, il fut employé en Hollande, comme bibliothécaire de l’ambassadeur français le président de Thou, dont il était un protégé. Il devint l’ami de Pierre Gassendi, Christiaan Huygens, Marin Mersenne et de Blaise Pascal.

Après de nombreux voyages, tant en Italie qu’en Hollande, en Allemagne, en Pologne, ou en Orient, la reine Louise-Marie de Gonzague l’attira à la cour de Pologne et lui fit un présent considérable. Le roi Jean II Casimir Vasa l’a envoyé auprès des États des Provinces-Unies pendant la guerre de Suède et de Pologne. Il s’est fâché avec son dernier protecteur, et s’est retiré en 1689 à l’abbaye Saint-Victor de Paris. Il a fait son testament le 20 août 1691 et est mort le 25 novembre 1694.

Le nom de Ismaël Boullian apparaît dans l’ouvrage de Léo Taxil en collaboration avec le Dr Charles Hacks, « Le Diable au XIXe siècle, ou les mystères du spiritisme », alors qu’il parle de Urbain Grandier, un prêtre français accusé de sorcellerie dans l’affaire des démons de Loudun et brûlé vif le 18 août 1634 : « Il avait le port grave et une certaine majesté qui le rendait et semblait orgueilleux. On l’a toujours admiré pour son éloquence et sa doctrine. Il était docte, bon prédicateur, bien disant ; mais il avait un orgueil et une gloire si grande, que ce vice lui a fait pour ennemis la plupart de ses paroissiens. » [9]

Les travaux de Ismaël Boullian

Boulliau fit ses humanités à Loudun et sa philosophie à Paris. Destiné à la carrière de la jurisprudence, il alla ensuite étudier le droit à Poitiers. Mais il avait peu de goût pour cette science. Son penchant le portait plutôt vers l’étude de l’histoire, des mathématiques et surtout de l’astronomie dont son père s’occupait, non sans quelque succès. Il renonça donc à la jurisprudence, et, en même temps, abjurant la religion dans laquelle il était né, il embrassa l’état ecclésiastique et fut promu à la prêtrise à l’âge de 25 ans. La plus grande partie de sa vie se passa à voyager en Hollande à la suite du président de Thou, en Italie, en Allemagne, en Pologne, en Orient, comme agent du roi Jean-Casimir.

Boulliau a joui de son temps d’une grande réputation, « On peut juger, dit Huet dans ses Mémoires, quel rang il tenait particulièrement parmi les plus grands astronomes de notre siècle par son Philolaüs, où il a si bien réussi à rétablir le système astronomique des anciens pythagoriciens presque oublié, qu’on peut le regarder comme l’auteur même du système. Ses Démonstrations sur les lignes spirales suffisent à faire voir ses connaissances dans la géométrie. Son édition de Ptolomée avec sa traduction et ses notes prouvent les grands progrès qu’il avait faits dans la philosophie; enfin, ses conversations et le grand nombre de lettres qu’il écrivait faisaient connaître sa vaste littérature. » Selon Bailly, il fut le premier qui fit usage de l’astronomie étrangère et asiatique, et qui fit connaître les tables des anciens Perses et leur exactitude. Lalande affirme que l’Astronomie phitolaïque est un des meilleurs livres que l’on ait écrits. Fontenelle, enfin, qualifie Boulliau de grand astronome.

Boulliau est connu pour ses travaux en astronomie, en mathématiques, en observations météorologiques et en musique. Il publia en 1645 Astronomia philolaica, dans lequel il indiqua que la force de gravitation suit la loi en carré inverse. Isaac Newton était un lecteur de Boulliau (il cite ses données dans les Principia). Robert Hooke lui indiqua cette loi du carré inverse et il l’élabora dans les Principia. Ismaël Boulliau fut, le 7 avril 1667, l’un des premiers associés étrangers de la Royal Society, fondée sept ans auparavant. Il a également travaillé sur les variations lumineuses de quelques étoiles. Utilisant le premier thermomètre introduit en France, Boulliau a réalisé, avant même Louis Morin de Saint-Victor, les premières mesures météorologiques faites à Paris.

Il observa la grande nébuleuse d’Andromède (M31) en 1661, mais selon Richard H. Allen, il mentionna que cette « Nébuleuse » avait été observée 150 ans plus tôt par un astronome anonyme mais expert. [10] Néanmoins, Edmond Halley lui expliqua la découverte de cet objet dans son traitement de 1716 sur les nébuleuses. Parce que la « nébuleuse » n’avait pas été documentée par autant d’astronomes célèbres, Boulliau soupçonna qu’elle pouvait être variable, semblable à Mira (ο Ceti) qu’il étudiait également, et tenta de calculer une période de variation – de 333 jours, par rapport à la valeur moderne de 332.

Outre quelques lettres imprimées en divers recueils, quelques dissertations publiées dans les Transactions philosophiques et un « Éloge de Jacques Dupuy », inséré dans les Acta litteraria de Struvius, il nous reste de Boulliau des « Observations sur le temps de la mort du roi Dagobert », un « Discours sur la nécessité de conserver les biens que possède l’Église pour maintenir la religion catholique », et un « Discours sur la réformation des quatre ordres mendions et la réduction de leurs couvais à un certain nombre ». Ces trois pièces se trouvent dans le T. 777 de la Collection de manuscrits de Dupuy. [11] La dernière, composée par ordre de Lionne, paraît avoir été imprimée; mais aucun bibliographe ne la cite. Boulliau avait composé aussi un « Traité sur la Pâque des Juifs » qui n’a jamais vu le jour.

On conserve à la Bibliothèque nationale, sous les Nos 969 à 997, une collection en 59 vol. in-fol. de la correspondance de Boulliau avec les savants les plus célèbres de son temps, les minutes de ses lettres et d’autres papiers, la plupart fort importants sous le rapport historique et littéraire. La même Bibliothèque possède, en outre, les Lettres écrites par Boulliau à Dupuy Saint-Sauveur pendant ses voyages (Suppl. franç., N° 5011), et il y a quelques années seulement qu’on comptait encore 110 lettres du même savant dans la correspondance d’Hévélius, conservée à la Bibliothèque de l’Observatoire; mais il n’en reste que 52, les autres ayant été volées. [12]

Le cratère lunaire Bullialdus

La communauté astronomique a nommé un cratère lunaire en son honneur : Bullialdus (20° 42′ S, 22° 12′ O, 60 km de diamètre). Bullialdus est un cratère d’impact sur la face visible de la Lune. Le nom fut officiellement adopté par l’Union astronomique internationale (UAI) en 1935, en référence à Ismaël Boulliau. L’observation du cratère fut rapportée pour la première fois en 1645 par Michael Florent van Langren.

L’emplacement relativement isolé de ce cratère permet de mettre en évidence sa forme bien formée. Bullialdus a un bord extérieur haut et circulaire mais les observateurs ont noté une apparence légèrement polygonale. Les murs intérieurs sont en terrasse et contiennent de nombreux signes de glissements de terrain. Les remparts extérieurs sont recouverts d’une large couverture d’éjecta qui met en évidence un motif radial de crêtes basses et de vallées.

Au centre du cratère se trouve une formation de plusieurs pics et montées qui atteignent plus d’un kilomètre de hauteur. Une crête surélevée s’étend des sommets au sud-est, jusqu’à fusionner finalement avec la paroi intérieure. Le fond du cratère est généralement rugueux avec de nombreuses petites élévations. Dans l’ensemble, il a une forme quelque peu convexe, bombée vers le haut vers le milieu. Lorsque le soleil est à un angle élevé, le bord et les montagnes centrales semblent plus brillants que les environs, et des taches blanches peuvent être vues sur le fond du cratère.

Des études infrarouges de la région du cratère ont révélé au moins trois couches de strates. L’impact peut également avoir intersecté un pluton mafique, ce qui signifie un corps cristallisé de roche ignée qui a de fortes concentrations d’éléments plus lourds (comme le magnésium, dans ce cas).

Deux cratères plus petits mais remarquables se trouvent juste au sud du cratère principal. Bullialdus A se trouve juste au sud-ouest de Bullialdus, dans ses remparts. Au sud de Bullialdus A se trouve le Bullialdus B, légèrement plus petit.

Ouvrages originaux :

Traduction :

RÉFÉRENCES :

NOTES :

  1. Michel Feltin : Entrevue avec Jean-Louis Beaucarnot: «Jadis, il n’était pas rare que le nom change d’une génération à l’autre». L’Express, 29 novembre 2007.
  2. Nicolas Montard : L’histoire secrète de vos noms de famille. Ouest-France, 31 mars 2017.
  3. Guy Boulianne : Bouillargues: du prince Ursus, vicomte de Nîmes, aux seigneurs de Bollanicis. Publié le 15 octobre 2016.
  4. Eugène Germer-Durand : Dictionnaire typographique du département du Gard, comprenant les nom de lieu anciens et modernes. Imprimerie Impériale. Sous les auspices de l’Académie du Gard. Paris 1868, p. 31.
  5. Frédéric Mistral : Lou Tresor dóu Felibrige ou Dictionnaire provençal-français embrassant les divers dialectes de la langue d’oc moderne. Tomes I et II. Remondet-Aubin, août 1886, page 319.
  6. Bulletin paroissial de l’Abbé Millon : Les Bolian. Tome 2. Distribué entre 1932 et 1935, p. 11.
  7. André Lacroix : Bulletin de la société d’archéologie et de statistique de la Drôme, t. 12, 1878, p. 304.
  8. William Illingworth : « Rotuli Hundredorum, temp. Henr. III. & Edw. I.: in turr. Lond. et in curia receptae Scaccarii Westm. asservati ». Eyre & Strahan, 1812 (714 pages) Volume 1, p. 47. [PDF]
  9. Léo Taxil et Charles Hacks (Docteur Bataille) : « Le Diable au XIXe siècle, ou les mystères du spiritisme ». Les mystères du spiritisme : la Franc-maçonnerie luciférienne, révélations complètes sur le palladisme, la théurgie, la goétie et tout le satanisme moderne, magnétisme occulte, pseudo-spirites et vocates procédants, les médiums lucifériens, la cabale fin-de-siècle, magie de la Rose-Croix, les possessions à l’état latent, les précurseurs de l’anté-Christ. Delhomme et Briguet, 1894, page 850.
  10. Richard Hinckley Allen : « Star-Names and their Meaning ». G.E. Stechert, 1899. Republié corrigé en 1963 sous le titre de « Star Names, Their Lore and Meaning », Dover, New York, p. 39.
  11. Manuscrit en français : « MELANGES HISTORIQUES, concernant particulièrement les ouvrages de Pierre DUPUY, le roi LOUIS XIV, Philippe DE COMMYNES et Hélène de CHAMBES, sa femme, ainsi que divers JEUX ». Bibliothèque nationale de France. Département des manuscrits. Cote : Dupuy 777, XVe-XVIIe siècle, 99 feuillets.
  12. Eugène Haag et Emile Haag : « La France protestante, ou Vies des protestants français qui se sont fait un nom dans l’histoire depuis les premiers temps de la réformation jusqu’à la reconnaissance du principe de la liberté des cultes par l’Assemblée nationale ». Ouvrage précédé d’une Notice historique sur le protestantisme en France ; suivi des Pièces justificatives et rédigé sur des documents en grande partie inédits. Basnage-Brodeau 1846-1859, Paris, p. 425.