La mère d’Alexis Cossette-Trudel, ancienne membre du FLQ, lance un cri du coeur « Je souhaite qu’il se déprogramme de l’idéologie »

Dans mon article du 8 octobre dernier, j’écrivais : « La fermeture de comptes Facebook, Twitter et Google de celles et ceux qui se font les apologistes du mouvement QAnon, n’entre donc pas dans le cadre de la simple censure qui, elle, est condamnable. Il ne s’agit pas non plus d’une atteinte à la liberté d’expression comme certains commentateurs tentent de le faire croire à leur auditoire, mais bien d’une procédure légale visant à démanteler un réseau « qui encourage les Américains à détruire les propriétés publiques et privées et à attaquer les forces de l’ordre » (H.Res.1154). La décision des plateformes numériques de bannir les promoteurs de QAnon est un renforcement marqué des politiques existantes visant à limiter l’influence d’un mouvement, considéré comme un risque à la sécurité nationale par les autorités américaines. »

Louise Lanctôt connaît assurément très bien ces tactiques de contrôle de l’opposition, utilisant une sorte de fanatisme exacerbé comme le fait parfaitement le psyOp QAnon. Cinquante ans après la crise d’Octobre, l’ancienne membre du Front de libération du Québec (FLQ) se confie à Denise Bombardier en racontant son adhésion à ce groupe, ainsi que sa participation à l’enlèvement et à la séquestration du diplomate britannique James Richard Cross, et en se prononçant notamment quant au rôle des services de renseignements sur le FLQ. Il y a cinq ans, Alexis Cossette-Trudel et sa mère avaient rompu leurs liens, mais Louise Lanctôt garde le contact avec lui deux à trois fois par année.

Elle a accepté pour une rare fois de parler de son fils, Alexis Cossette-Trudel, du lien qui les unit et de ce qu’elle lui souhaite. Voici un extrait de ce que l’ancienne membre du Front de libération du Québec (FLQ) a affirmé à Denis Bombardier :

« J’ai de la difficulté à parler de mon fils parce que je suis sa mère et je l’aime. Et il sait que je l’aime et je sais qu’il m’aime aussi. C’est très émotif. Avec Alexis j’ai des contacts, mais on a rompu un moment donné il y a à peu près cinq ans, à cause de ses idées. On n’était pas d’accord avec ses idées, mais j’ai toujours gardé le contact avec Alexis de façon épisodique, deux ou trois fois par année, on s’appelle et on se parle de tout et de rien mais on ne discute pas parce qu’on sait qu’on n’est pas sur les mêmes positions.

« Mais moi je trouve important de garder ce lien-là, ce lien affectif, et qu’Alexis garde ce lien affectif avec sa mère et qu’il sache que je l’aime. Moi la seule chose que je peux vous dire, ce que je souhaite c’est qu’Alexis suive mon cheminement et qu’il se déprogramme d’une certaine façon de l’idéologie comme je l’ai fait moi. C’est dur, c’est long, ça ne se fait pas du jour au lendemain, mais je crois que c’est possible. Parce que si j’y suis arrivée, j’ai confiance qu’Alexis va y arriver à un moment donné. »

Trois jours plus tard, c’était au tour de la soeur d’Alexis Cossette-Trudel de s’exprimer sur les prises de position de son frère : « Oui, je sais, il y a l’éléphant dans la pièce… celui-là. Ici, il n’est plus simplement question de désaccord ni de malaise, c’est un désastre à tout point de vue pour moi. Une grande, grande tristesse. Une honte aussi. Malgré tout mon amour, ma patience, mon écoute, ma ruse, je n’aurai pas réussi à le raisonner. C’est rendu trop gros pour moi, trop dangereux. », écrit-elle sur Facebook. Elle poursuit plus loin : « Je crois qu’il se nourrit des crédules, tel un vampire. Il jubile. » (texte repris dans La Presse)

« La seule réponse qui semble avoir un certain sens pour moi est celle-ci : depuis toujours, je désire réenchanter ce monde, lui désire lui faire la guerre. »

Marie-Ange Cossette-Trudel


À propos de Louise Lanctôt

Louise Lanctôt, Une Sorcière comme les autresProvenant d’une famille de dix enfants, Louise Lanctôt s’est rapidement impliquée dans différents mouvements contestataires vers la fin des années 1960. Outre sa conscience sociale développée, son objectif était également de défier l’autorité paternelle qui était très présente chez les Lanctôt. Elle fraye dans les milieux de gauche du Rassemblement pour l’indépendance nationale et, en 1969, elle est parmi des meneurs, avec Jacques Cossette-Trudel, de la contestation étudiante au Cégep de Maisonneuve.

Comme membre de la cellule Libération du FLQ, elle participe à l’enlèvement, le 5 octobre 1970, de l’attaché commercial britannique James Richard Cross, ce qui enclenche la Crise d’octobre. Cross est détenu durant deux mois puis relâché en échange d’un sauf-conduit vers Cuba pour les ravisseurs.

Elle vit en exil à Cuba, de 1970 à 1974, puis en France, de 1974 à 1978. Au cours de leurs années d’exil, Louise Lanctôt et son mari Jacques Cossette-Trudel prennent leurs distances par rapport aux autres membres et désavouent publiquement leur action au sein du FLQ. Louise Lanctôt et Jacques Cossette-Trudel reviennent au Québec le 13 décembre 1978, accompagnés de leurs deux enfants. Louise Lanctôt est condamnée à une peine de deux ans de prison relativement à la séquestration de Cross. Elle est libérée après huit mois.

À sa sortie de prison au début des années 1980, elle écrit l’histoire de son exil en France et à Cuba intitulée « Une Sorcière comme les autres » publiée aux Éditions Québec-Amérique. Elle a exercé la profession de documentaliste à la bibliothèque de l’Université de Montréal. Elle a été directrice générale de l’Ordre des sages-femmes du Québec, du Réseau International des infirmières francophones et de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec.

Louise Lanctôt travaille toujours en Relations avec les ministères des différents paliers gouvernementaux nationaux et internationaux et en Coordination des communications, d’événements nationaux et internationaux (voir: LinkedIn).


Message de Marie-Ange Cossette-Trudel (7 octobre 2020) :

__________

RÉFÉRENCES :