Souvenir 1989-1990 : Galerie d’art Imagine

Édifice Cooper - Photo prise par Alexis Hamel - Image Montréal (www.imtl.org)
Édifice Cooper, boul. St-Laurent – Photo prise par Alexis Hamel de Image Montréal (www.imtl.org)

Peu de temps après la publication de mon premier recueil de poésie « Avant-Propos d’un prince fou » en 1983, je fis la rencontre du peintre et directeur de la galerie Frère Jérôme, Pierre Corbin, lors d’un récital de poésie. Je peux dire que celui-ci m’a découvert et c’est ainsi que je fus immédiatement introduit dans le milieu des arts visuels. J’en devins un des acteurs principaux aux côtés de Cécilia Buonocore, Danielle Auprix, Kathy Gauthier, Raymonde Lacasse, Daniel Tremblay, Eric Narboni, Audette Lemieux (Hildegarde) sans oublier le frère Jérôme, le maître gestuel, ancien ami du peintre Paul-Emile Borduas.

Cette galerie était bien plus qu’une galerie d’art… c’était une véritable pépinière d’artistes. C’était un atelier où chacun pouvait prendre ses pinceaux et ses toiles et peindre sans gêne, devant tous, et accrocher ses nouvelles oeuvres directement sur les murs, sans autres formalités !

Le Cooper Clothing en 1952 (Archives de la STM. Fonds de la Commission de transport de Montréal).

Lorsque la galerie Frère Jérôme ferma ses portes, mes collègues et moi-même avions pris la relève avec la galerie Lézart. Située juste en face du théâtre St-Denis, plusieurs grands artistes s’y donnaient rendez-vous. Nous avions d’ailleurs organisé la première (et sans doute la seule) exposition des tableaux du grand cinéaste canadien Claude Jutra. Après avoir conservé les mêmes locaux durant environ un an, nous décidâmes de déménager sur la rue Emery, non loin de là, toujours en face du théâtre St-Denis.

Après sa fermeture en 1988, nous prîmes tous un congé bien mérité. Après quoi je pris la décision d’ouvrir une toute nouvelle galerie d’art au troisième étage du célèbre Cooper Building, sur le boulevard Saint-Laurent à Montréal. L’édifice Cooper de style Art déco date de 1932. la délocalisation des ateliers de confection libéra des espaces pour les créateurs, comme la célèbre troupe de danse contemporaine La La La Human Steps, et des artisans du domaine des nouvelles technologies. De 1975 à 1982, la première radio-communautaire montréalaise, Radio Centre-ville (CINQ-FM), commença à y émettre sa programmation multilingue avec sa petite antenne de 7,5 watts au sommet de l’édifice.

La galerie Imagine ouvrit ses portes le 19 septembre 1989 avec une brochette impressionnante d’artistes : Danielle Auprix, Mario Beaudet, Cécilia Buonocore, Roger Cardinal, Pierre Corbin, Jean Cousineau, Martine H. Crispo, Bob Desautels, Christian Dion, Thérèse Dulude, Roney Gallant, Michel Guilbault, Frère Jérôme, Raymonde Lacasse, Marie Luce Maupetit, Eric Narboni, Michel Pedneault, Robert St-Paul, Armand Vaillancourt, Robert Vigeant et Marguerite Voyer.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Quelques temps après, nous obtenions un article dans l’important journal culturel Voir : « Par ailleurs, au troisième étage du célèbre Cooper Building, on assiste à une autre renaissance. Guy Boulianne, qui a travaillé à la Galerie du Frère Jérôme, puis à la Galerie « expérimentale » Lézart, ouvre maintenant la Galerie Imagine. Dans la première salle, on verra toujours une exposition permanente et dans la deuxième, une exposition solo. On y retrouve présentement de nombreuses oeuvres post-automatistes d’un maigre intérêt, mais aussi une oeuvre de Michel Pednault et de Michel Guilbeault. »

À mon initiative, nous répliquâmes instantanément à cet article. L’hebdomadaire fut « débordé » de courrier dont deux extraits furent publiés la semaine suivante :

« (…) L’histoire se répète, dit-on. Combien de temps nous faudra-t-il encore souffrir l’ignorance aveugle du pouvoir de l’informateur mal informé ? Les artistes devront-ils toujours mourir dans l’anonymat et la pauvreté avant que ne soient reconnus leur génie et leur apport primordial à l’évolution de nos civilisations ?

Si pour quelques-uns, les oeuvres d’artistes ayant cinq, dix ou même plus de soixante ans de métier, comme ce précurseur qu’est le frère Jérôme, ne sont que de « maigre intérêt », il en va heureusement autrement pour d’autres plus éclairés (…) On peut aimer ou ne pas aimer ce qui s’y produit [à la galerie Imagine]. On ne peut, par contre, fermer les yeux devant l’ampleur du mouvement qu’on y véhicule. »

Guy Boulianne & Nicole Lefebvre

« Est-ce qu’il faut toujours baisser l’échine, ne rien dire encore, on se penserait dans le temps de Borduas. Voir, journal que je croyais intellectuel et avant-gardiste, m’a donné un choc en lisant l’article sur la galerie Imagine.

Il [Charles Guilbert] dit dans son article : « d’un maigre intérêt ». Franchement, le frère Jérôme, Armand Vaillancourt, et tous les autres, dont moi. J’ai eu un choc, vraiment, une correction plus valorisante serait appréciée de nous tous. S’il vous plaît. (…) Merde (comme dirait un pataphysicien) à votre journal et à la galerie Imagine. »

Thérèse Dulude

La semaine suivante nous apprenions le congédiement du journaliste impliqué dans cette polémique. On ne pouvait pas toucher au frère Jérôme, à Armand Vaillancourt, aux membres du groupe PDG et aux Lézarts impunément et sans en payer le prix 🙂

Ce diaporama nécessite JavaScript.

En un peu plus de un an, 27 expositions différentes ont été organisées au sein de la galerie Imagine dont celles du Laboratoire Urbain, de Patrice Favreau (fils de Marc Favreau) et des étudiants en graphisme du cégep du Vieux Montréal (commandité par Hydro-Québec). J’eu aussi le bonheur de parrainer, à travers la galerie Imagine, les jeunes artistes de la relève du Cégep Montmorency à Laval.

À chaque vernissage la salle était pleine à craquer jusqu’aux ascenseurs. Et ceci n’est pas une métaphore. En un peu plus de un an, nous avons obtenu plusieurs articles de journaux, de la publicité imprimée et des reportages télévisés à Télé-Métropole (TVA) et à Musique Plus.

Démarrée avec à peine 500 dollars en poche et sans aucune subvention, on pourra dire que la Galerie d’art Imagine aura connu un très bon succès populaire. Malgré tout, celle-ci était bien fragile financièrement, et le coup de grâce fut donné lorsque le dernier artiste à y avoir exposé ne voulut pas payer ses comptes après avoir réalisé plusieurs ventes de ses tableaux.

Le couperet était tombé !
La galerie ferma ses portes …
Mais le souvenir demeure bien vivant !