La mésaventure de Maurice Boulianne, un passager clandestin involontaire vers l’Écosse, dans un avion cargo DC8 d’Air Canada en 1966

CHRONIQUE FAMILIALE : Voici une anecdote familiale comme j’aime bien les raconter, Il s’agit de la mésaventure de l’un de mes cousins éloignés qui fut malgré lui un passager clandestin involontaire vers l’Écosse, enfermé à son insu dans un avion cargo DC8 d’Air Canada en 1966. Encore une fois, je n’ai pas réussi à faire le lien dans l’arbre généalogique, mais il est certain que Maurice Boulianne et moi-même descendons du même ancêtre commun, c’est-à-dire Jean-Marc de Bouillanne (1716-1796).

Prestwick, vu du ciel

Préposé aux bagages de l’aéroport de Montréal depuis deux ans, Maurice Boulianne, est arrivé à l’aéroport de Prestwick, sur la côte sud-ouest de l’Écosse, après avoir volé au-dessus de l’Atlantique en tant que passager clandestin involontaire dans la soute d’un avion de ligne à réaction. Celui-ci s’est accidentellement enfermé dans un avion alors qu’il chargeait une cargaison à l’aéroport de Montréal. Les responsables d’Air Canada ont déclaré que Maurice Boulianne, 23 ans, de Ville LaSalle à Montréal, a été enfermé dans le compartiment de fret d’un avion cargo DC-8 à destination de Londres, Paris et Francfort alors qu’il aidait à le charger. L’avion a fait un arrêt imprévu à Prestwick où il a atterri mercredi le 2 novembre 1966.

M. Boulianne a commis l’erreur d’embarquer sur le vol 864 à destination de Londres, pensant que c’était le vol 863 à destination de Toronto. Alors qu’il attendait que les autres chargeurs apportent la cargaison, un sac postal a été jeté dans la soute et la porte s’est refermée avant que Maurice Boulianne ne puisse crier. « Je n’arrivais pas à y croire », a déclaré M. Boulianne, père de deux enfants en bas âge, aux journalistes à Montréal. « Je pensais que c’était quelqu’un qui faisait une blague, mais quand j’ai regardé le sac postal, j’ai réalisé que ce n’était pas une blague. »

Maurice Boulianne a martelé et frappé à la porte à l’intérieur de la soute à bagages, mais personne — ni dans l’avion ni sur l’aérodrome — ne l’a entendu avant que l’avion ne décolle du Canada. Les appareils DC-8 sont construits à l’épreuve du bruit et de l’air. Il ne fut pas long à constater que l’avion décollait, mais il ignorait vers quel endroit il se dirigeait. Réalisant qu’il était parti pour un long vol, il s’endormit. Ce n’est que cinq heures plus tard qu’il a été libéré de sa fâcheuse position.

Les responsables de l’aéroport de Montréal ont remarqué qu’il était porté disparu et ont alerté l’avion cargo DC8 d’Air Canada qui avait déjà décollé pour Londres, son premier arrêt, et le vol a été détourné vers Prestwick, en Écosse, afin de faire sortir Boulianne. Il a été emmené au centre médical où les responsables de l’aéroport se sont tenus à côté pour lui donner les premiers soins à l’atterrissage, mais Boulianne a sauté du compartiment de fret en forme et en bonne santé. Il s’est alors couché. Un porte-parole d’Air Canada à Prestwick a déclaré : « Heureusement, il se trouvait dans un compartiment chauffé et pressurisé. »

Maurice Boulianne a monté à bord d’un autre avion à destination de Montréal quelques heures plus tard, cette fois, assis confortablement comme tous les passagers. II est descendu à Dorval le sourire aux lèvres. Il a été accueilli par ses copains qui n’ont pas manqué de le taquiner. Il a aussi été accueilli par une meute de photographes et de journalistes venus l’interroger sur cet incident qui en a fait sourire plus d’un a Montréal et Prestwick. Boulianne a raconté qu’il n’a aucunement souffert du froid ou de l’air. Ce compartiment est chauffé et sert quelque fois au transport d’animaux vivants. Il a trouvé le trajet assez long, n’ayant rien d’autre à faire que d’attendre que l’avion se pose quelque part.

Cette mésaventure peut sembler comique aujourd’hui, mais j’imagine très bien qu’à l’époque il dut y avoir un certain souffle de panique parmi la famille et les proches de Maurice Boulianne. L’anecdote fut racontée dans plusieurs journaux des États américains : Mississippi, Ohio, Arizona, Pennsylvanie, Texas, Maryland, Indiana, Idaho, Kansas, Oklahoma, Illinois, Massachusetts, Arkansas, Californie, Wisconsin, Nebraska. La dépêche fut aussi publiée en Jamaïque, au Manitoba, au Québec, ainsi que dans le journal de la base navale des États-Unis de Guantánamo Bay, à Cuba (Gitmo Gazette, p. 3).

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À propos de l’avion de ligne Douglas DC-8

Le Douglas DC-8 est un avion de ligne quadriréacteur à fuselage étroit, moyen et long-courrier, produit entre 1958 et 1972 par la Douglas Aircraft Company, puis par McDonnell Douglas, après la fusion de l’avionneur avec la McDonnell Aircraft Corporation. Le DC-8 est l’un des tout premiers avions de ligne à réaction et est, avec son concurrent le Boeing 707, l’un des emblèmes de l’ère du jet. Selon les versions et les configurations, la capacité de l’avion varie entre 117 et 259 passagers et son autonomie est comprise entre 5 900 et 10 800 km.

Développé en tant que premier avion de ligne à réaction de l’avionneur, le DC-8 est un modèle avec voilure en flèche et des moteurs placés dans des nacelles suspendues sous les ailes. Construit dans l’usine Douglas de Long Beach, en Californie, le prototype effectue son premier vol le 30 mai 1958 ; les compagnies United Airlines et Delta Air Lines mettent simultanément en service le DC-8 le 18 septembre 1959. Par la suite, l’avionneur développe des versions remotorisées, d’autres optimisées pour les vols long-courriers à travers les océans, et certaines avec le fuselage allongé. Selon les versions, les moteurs peuvent être des Pratt & Whitney J57, JT4A, JT3D ou Rolls-Royce Conway ; dans les années 1980, plusieurs appareils voient leurs turboréacteurs d’origine remplacés par des CFM International CFM56, plus puissants et économiques.

Au total, le DC-8 est produit à 556 exemplaires, les derniers étant livrés en 1972 ; les principaux clients sont United Airlines, Air Canada et Japan Airlines avec respectivement 105, 42, et 41 avions réceptionnés. Au fil des années, avec l’arrivée sur le marché d’avions plus récents, plus économiques et à plus grande capacité, les compagnies clientes retirent progressivement les DC-8 qui sont ensuite utilisés par des plus petites compagnies, ou dans des pays en voie de développement. En 1995, il reste 260 appareils en service, puis 233 en 2000 ; 84 continuent d’être utilisés en 2010 contre deux en juillet 2019, exploités en Afrique par Trans Air Cargo Services et en Amérique du Sud par Skybus Peru. En France, le DC-8 équipe en particulier les compagnies UTA/TAI et Air Afrique, basées au Bourget.

Si le DC-8 n’eut pas le succès auprès des militaires de son concurrent de chez Boeing, il n’en fut pourtant pas moins un avion apprécié pour certaines opérations, principalement liées au transport de fret. C’est ainsi que les aviations espagnoles, gabonaise, omanaise, péruvienne, philippine, et thaïlandaise utilisèrent cette machine.

Il équipa également l’Armée de l’air française, au sein de l’Escadron de transport 3/60 Esterel. Deux exemplaires furent transformés pour des missions SIGINT (Sarigue 1 et Sarigue 2), mis en œuvre par l’Escadron électronique 51 Aubrac. Le cas de la France et des États-Unis est particulier :

  • L’Armée de l’Air utilisa ses DC-8 autant comme avion de transport de fret que comme plateforme de contremesures électroniques (CME). Dans ce dernier cas, ce sont deux avions qui furent transformés sous la désignation de « SARIGuE », pour « Système Aéroporté de Recueil des Informations de Guerre Électronique », jusqu’à leur retrait au début du XXIe siècle. L’un des deux est exposé sur le tarmac du Musée de l’Air et de l’Espace du Bourget.
  • L’US Navy, de son côté, eut recours à une version d’entraînement à la guerre électronique avec son seul et unique EC-24A33, un appareil désormais retiré du service et conservé à Davis Monthan.

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RÉFÉRENCES :


« Merci pour votre travail. Je vous suis depuis quelques mois. Je crois que vous êtes un des seuls qui dit la vérité. J’ai toujours eu des doutes pour ce qui est des complots du gouvernement mais là j’avoue que cette fausse pandémie confirme que mes doutes sont maintenant bien fondés. »

Eric Sarault

« J’ai dévoré votre livre. Littéralement. Je tenais à vous féliciter pour votre prodigieux travail de recherche, de synthèse et d’écriture. J’ai lu de nombreux livres dans ma vie, il y a beaucoup de classiques et d’oeuvres auxquels on se doit de revenir : votre dernier rejeton en fait partie. »

Pascal Audry

« Le vous remercie du travail d’orfèvre que vous exercez depuis des années. Je constate que vous avez découverts des choses absolument affligeantes depuis de nombreuses années et que ces choses ne sont jamais divulguées publiquement, aux yeux des citoyens du monde. »

Johanna Mathieu