Claudio Risé — Une armée de soumis: esclaves volontaires cachés derrière les masques

Voici un article de l’écrivain et journaliste italien, Claudio Risé, paru dans le quotidien La Verità le 19 juillet 2020 sous le titre “Un esercito di sottomessi: servi volontari nascosti dietro le mascherine”. Claudio Risé est un professeur d’université et psychothérapeute de formation et d’orientation psychanalytique jungienne (inscrit à l’Ordre des Psychologues de Lombardie). Jusqu’en 2008, il a été professeur de psychopédagogie à la Faculté de médecine et de chirurgie de l’Université de Milan-Bicocca, et auparavant de sociologie de la communication et des processus culturels à la Faculté des sciences de l’Université d’Insubrie, et de polémologie au cours de licence en sciences diplomatiques de la Faculté des sciences politiques de l’Université de Trieste.

Des esclaves volontaires cachés derrière les masquesBeaucoup d’Italiens gardent le masque même si la loi ne l’impose plus et s’il n’y a pas de motifs sanitaires pour le faire (ce sont les disciples typiques des aspirants tyrans, heureux d’obéir sans avoir à se prendre en charge).

Disons la déplaisante vérité : ces mois-ci, certains de nos compatriotes, en dehors des raisons-déraisons sanitaires, aiment porter un masque, et même aiment beaucoup cela. Non pas pour montrer leur personnalité authentique, cachée par les conventions habituelles, comme c’était le cas dans la Commedia dell’arte italienne, mais pour la cacher complètement, ou plutôt feindre de n’en avoir aucune. Pas même pour innover courageusement, avec des idées et des visages nouveaux, mais pour obéir à l’arrogant chef, « l’avocat des Italiens ».

On voit ainsi des jeunes et des vieux en excellente santé s’aventurer, circonspects, dans des territoires à zéro Covid-19, cachés derrière leurs sombres et impersonnels masques de service. Prêt à réagir aux nouvelles « explosions infectieuses » comme le disent les médias pro-urgence.

Il ne semble pas que ce soient les médecins qui stimulent ces comportements anxiogènes et cliniquement dénués de sens. Certes, les semaines d’émissions télévisées avec des mises à jour en temps réel du nombre de morts par des commissaires en pull sombre avec le logo d’urgence imprimé dessus et le ton de voix douloureux et inquiet, ont eu leur effet sur les usagers confinés dans la maison, les rendant inquiets à juste titre.

La peur de la mort, une fois éveillée, devient une compagne plus assidue et plus insistante que la quiétude stoïque, qui se laisse déloger par l’anxiété sans opposer trop de résistance. Le fait que, plus d’un mois après la fin de la phase active de l’épidémie, la peur de la mort règne encore en maître, montre toute l’ambiguïté de la gestion psychologique qui lui a été donnée par le gouvernement.

Cela montre aussi comment, dans le cas d’éventuelles urgences futures, il n’est pas opportun de s’appuyer sur des personnes et des institutions qui, en quelques semaines, ont transformé un pays actif et industrieux en une nation effrayée et désorientée qui risque de sombrer. C’est un état psychologique qui, pour des dirigeants sans scrupules et sans véritables programmes, a l’avantage d’être beaucoup plus dépourvu de principes ou d’idées.

Les propos contradictoires en date du 18 mars 2020 tenus par le Directeur national de la santé publique au Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, Dr Horacio Arruda, en comparaison aux exigences actuelles.

Beaucoup de gens aspirent à obéir

Comment se fait-il, alors, que tant de gens soient prêts à porter le masque, comme l’exige le pouvoir établi ?

Le fait, banal, est que malheureusement beaucoup de gens aspirent à obéir à quelqu’un qui les commande, sans avoir à se prendre en charge. Qu’ensuite, en plus de nous dire qu’il nous faut porter le masque parce que nous sommes en situation d’urgence, ce « quelqu’un » fasse des discours différents et contradictoires, importe peu, parce que ce sont des phrases déconnectées, qui changent plusieurs fois par jour et que les gens ne les suivent pas. Mais l’indication que renvoient les obéissants masqués semble claire : d’accord, dites-nous ce qu’il faut faire et nous le ferons. De nombreux fans célèbres de Giuseppi Conte, mis en avant par les sondeurs, sont en cela aussi des adeptes typiques des tyrans en puissance : des gens qui sont heureux d’obéir à quelqu’un qui aime exercer un pouvoir sur eux, exigeant quelque chose de très personnel et de significatif, comme même se couvrir le visage.

Prêts à cacher jusqu’à l’empreinte de leur identité, unique et non reproductible : le visage. Le montrer est maintenant devenu un acte de courage. L’identité personnelle a donc reçu un coup très dur dans l’expérience humiliante du terrorisme sanitaire, pratiqué pour prolonger l’urgence et laisser le gouvernement debout. Une situation appréciée par les fans du masque, les cousins des sardines [allusion au mouvement des sardines], et souvent les sardines elles-mêmes : des personnes qui (pour l’instant) ne veulent pas tant adhérer ou présenter des programmes définis, qu’obéir à un pouvoir qui se présente comme salvateur et qui, dans un premier temps, efface leur visage, les fait disparaître avec leurs connotations spécifiques.

Les libérant ainsi de la responsabilité d’être eux-mêmes et les gratifiant de l’appartenance à une masse indistincte, tout un banc d’individus indifférenciés, dans laquelle ils sont sardinestinement confondus. Cela peut paraître étrange, mais le fait d’appartenir à quelqu’un qui vous décharge de vos responsabilités et de vos choix personnels est l’une des motivations les plus constantes de l’homme, présente tout au long de son histoire.

Le Dr Horacio Arruda menace le Québec tout entier lors du point de presse sur la COVID-19 – 6 juillet 2020.

Discours sur la servitude volontaire

Le texte qui le décrit avec plus de lucidité est le « Discours sur la servitude volontaire », écrit en 1576 par Etienne de la Boétie, grand ami du philosophe Montaigne. Il raconte comment – depuis des temps immémoriaux – les hommes n’aiment pas tous être leur propre maître : beaucoup préfèrent être les serviteurs d’un maître qui prend soin d’eux en leur donnant des ordres et des tâches et les aide ainsi à vivre, d’une manière ou d’une autre (Hegel reviendra sur ce sujet deux siècles plus tard).

Et même, l’État moderne est né aussi pour répondre de manière adéquate à ce besoin. Le besoin de leadership et de commandement était cependant déjà présent dès la nuit des siècles, comme le montrent les récits les plus anciens de l’humanité. Un besoin, celui d’être possédé et dirigé, qui se poursuit aussi, de manière différente, dans les démocraties industrialisées. En Italie, aujourd’hui, la majorité des gens travaillent directement ou indirectement pour l’État, qui (comme le gouvernement jaune-rouge le sait très bien, et en profite), les représente mais est aussi, en partie, leur « maître » et leur voix. L’enfermement obligatoire dans les maisons et la suspension substantielle de toute activité pendant une longue période, ainsi que le pouvoir étatique géré selon une clé obscure, pour augmenter la peur et l’obéissance des gens, ont ainsi produit une sorte d’effondrement du sens du Soi, de l’autonomie des individus. Beaucoup sont ainsi devenus incapables de se libérer de l’étreinte visqueuse d’un pouvoir malade qui a pour seule perspective pour rester en selle la poursuite de l’urgence.

Même si, en réalité, l’urgence sanitaire est désormais terminée, elle a été remplacé par une autre, très grave et très réelle (bien que peu mentionnée) : la ruine économique causée par la gestion insensée de la pandémie, avec l’arrêt pendant près de deux mois de toute vie et activité dans le pays, et le manque de connaissance réelle des problèmes sur le terrain.

Le masque sanitaire, qui est devenu presque obligatoire dans le gouvernement de l’urgence sans fin, revêt donc une importance historique, même si Giuseppi l’ignore peut-être (comme tout le reste).

Dans la longue histoire du Masque-Personne (éthymologiquement, « personne » vient du latin persona qui signifie justement « masque de théâtre », « rôle, personnage »), ce que vous endossez, le « vêtement », a toujours représenté, depuis la culture romaine, la carte d’identité, le signe qui dit qui nous sommes et donc quels sont nos droits. Le masque, comme l’explique le philosophe stoïcien Panétios, révèle « le sens de la personnalité individuelle », la soustrayant à l’uniformité de la masse informe, et en attribuant à chacun sa physionomie et ses particularités spécifiques (d’où les masques de guerriers, d’animaux, et autres). Le gouvernement jaune-rouge est le premier à avoir imposé un Masque-Personne qui, au lieu de révéler qui vous êtes ou à qui ou ce qui vous inspire, efface votre identité derrière celle du conformiste sanitaire, prêt à oublier, comme le lui demande le chef, toute foi, toute identité, tout enthousiasme à condition de sauver sa peau (que, d’ailleurs, personne ne menace, pour l’instant).

Un masque de peur et de lâcheté, pour effacer toute possibilité de développement en tant que personne libre.