Discours de Mahmoud Abbas lors du Conseil national palestinien, le 30 avril 2018

[Daoud Kuttab] Traduction non autorisée d’extraits du discours de Mahmoud Abbas à l’ouverture du Conseil national palestinien le 30 avril 2018 à Ramallah.¹

Lors de la réunion du Conseil central, certains d’entre vous y ayant assisté et d’autres pas, j’ai parlé des récits historiques israéliens et palestiniens. Certains d’entre vous pourraient dire pourquoi introduire l’histoire et la géographie. Nous avons besoin de connaître l’histoire pour pouvoir comprendre le présent et le futur.

Le récit israélien qui tente de dire au monde : « nous aspirons à Sion et à la terre promise, et aspirons à ceci ou à cela, nous sommes retournés sur ces terres ». Ce n’est pas vrai. Quand j’ai dit que ce n’était pas vrai la dernière fois, tout l’enfer s’est déchaîné contre moi, tous les médias israéliens m’ont attaqué, à l’exception d’un gars qui s’appelle Shimon Levy (émotion) oh oui Gideon Levy. (boit de l’eau et continue), il a dit que ce qu’Abou Mazen avait dit était correct.

Je veux m’arrêter à quelques endroits historiques, j’ai lu beaucoup de livres et tous sont des auteurs juifs et en fait tous des auteurs sionistes. En d’autres termes, les sources ne proviennent pas de nous. Ces personnes ont mentionné le récit dont je vais parler ici.

Mahmoud Abbas en 2018.

1. L’un des auteurs et son nom est Arthur Koestler, c’est un auteur juif sioniste américain. Il a écrit un livre sur la 13ème tribu. En d’autres termes, il y avait 12 tribus mais il s’agit ici de la 13ème tribu. Nous savons tous que notre père Jacob avait 12 tribus, où êtes-vous allé chercher la 13ème ? Ils les ont créés. Où ? dans le royaume de Khazar. Quand ? au neuvième siècle. C’était un État qui n’avait pas de religion, puis il est devenu juif, puis il a été divisé et ses habitants sont partis pour l’Europe. C’est ce que nous appelons aujourd’hui les juifs ashkénazes. En d’autres termes, ils ne sont ni sémites ni antisémites et n’ont aucun lien avec notre père Abraham ou son fils, notre père Jacob. C’était un pays Tartare, un pays turc, un pays sans religion, puis il est devenu juif et ils ont commencé à parler de la Terre promise et ils ont dit : « nous sommes un peuple sémitique ». Je ne dis pas cela, c’est ce qu’a dit Arthur Koestler. Arthur Koestler est un auteur américain juif et sioniste.²

Ensuite, ces Juifs qui se seraient déplacés à la fois en Europe de l’Est et en Europe de l’Ouest, seraient confrontés à un massacre tous les 10 ou 15 ans, d’un pays à l’autre. Cela a commencé au 11ème siècle et a continué jusqu’à la Shoah qui s’est passée en Allemagne. D’accord. Alors pourquoi ces massacres ont-ils eu lieu ? Ils disent « parce que nous sommes juifs ». Maintenant, je veux parler de trois Juifs ayant écrit dans trois livres. L’un d’eux est Joseph Staline. Je pense que nous connaissons tous Staline. Il était juif. [Inaudible] Ibrahim… Ishaq Dotesheld, tous concluent que la haine des Juifs n’est pas à cause de leur religion. (commotion) ah oui tu as raison c’est Karl Marx. Ils soutiennent que la haine des Juifs n’est pas due à leur religion mais à leur statut social, qui est lié au fait qu’ils travaillent dans l’argent et dans le secteur bancaire et à la question des prêts en argent. C’est une histoire bien différente alors. La meilleure preuve en est qu’il y a des Juifs dans les pays arabes et qu’il n’y a pas eu un seul procès contre des Juifs. Vous allez dire que j’exagère. D’accord, je conteste une affaire contre des juifs au cours des 1400 dernières années, car ils sont juifs dans n’importe quel pays arabe. C’est arrivé en Europe, oui, pour cette raison.

2. La patrie juive. Ils disent : « nous aspirons à Sion et nous allons le faire ». Ce n’est pas vrai. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’histoire qui le dit. Cromwell, le dirigeant britannique en 1653, a été le premier à réclamer une patrie juive. Il a déclaré que nous voulions établir une patrie juive en Palestine. Bien sûr, personne ne l’a écouté. Vint ensuite Napoléon Bonaparte. Puis Churchill Senior est arrivé en 1840. Puis un consul américain (nos amis) à Jérusalem en 1850. Il a appelé à une patrie juive. Il s’appelait Walter Kreisler. Ceux d’entre vous qui visitent encore le consulat américain à Jérusalem le savent, son nom figure dans leurs archives. Tous ces gens réclamaient une patrie juive et ils n’étaient pas juifs. Alors pourquoi ?

3. Cela nous amène à Balfour. Mais avant sa fameuse déclaration en 1917, il était Premier ministre en 1903 et il a rendu une décision empêchant les Juifs d’entrer en Grande-Bretagne parce qu’il détestait les Juifs pour ces mêmes raisons. L’idée d’un État juif ne vient donc pas des Juifs mais des pays coloniaux. Puis vint la déclaration Balfour et encore une fois, il manque beaucoup d’informations. La déclaration a été soutenue par les présidents américain, français et italien. Il a consulté quatre pays et nous en arrivons au cas du premier ministre britannique en 1905, Sir Henry Campbell-Bannerman. Les Premiers ministres ainsi que les ministres des Affaires étrangères et de la Défense des pays européens se sont réunis pendant deux ans en Grande-Bretagne. Ils ont souligné que la civilisation européenne était en train de s’effondrer et qu’il était à craindre qu’elle fût remplacée par des habitants de l’est et du sud de la Méditerranée à cause de son emplacement stratégique. Et pour éviter cela, nous devons faire en sorte que cette région reste divisée et qu’elle se batte et qu’elle se débatte. Nous sommes ici aujourd’hui. Et comme solution rapide, nous devons implanter à l’est du canal de Suez un peuple étranger à la région, ce sont les juifs. Et par conséquent, la déclaration Balfour a été faite et la Grande-Bretagne l’a adoptée et a continué à la mettre en œuvre jusqu’en 1947, lorsque le plan de partition a été établi. Et ce qui s’est passé est arrivé. De nombreux problèmes prouvent qu’il s’agissait d’un projet d’investissement.

Je veux vous surprendre. En 1933, après l’arrivée au pouvoir d’Hitler, un accord fut conclu un mois plus tard entre le ministère allemand des Finances et l’Anglo-Palestine Bank à Jérusalem (Accord Haavara). Tout juif allemand émigré en Palestine verrait ses biens et son argent transférés en Palestine. Et s’ils ne sont pas intéressés, on leur donne un billet pour se rendre en Belgique. Au cours de cette période, 60 000 personnes ont émigré en six ans.³ Balfour détestait les Juifs et voulait aider à créer un État pour eux. Le ministre russe des Affaires étrangères est également connu pour détester les Juifs et il voulait leur créer un État en Palestine. La réalité est que ce projet colonial avait pour but de planter un corps étranger dans notre pays.

Nous ne sommes pas pour les déraciner. Nous sommes pour vivre avec eux sur la base de deux états et sur cette base, nous acceptons la situation. Je voulais donner ce récit parce que le récit israélien n’est pas vrai et que la plupart de ces livres [que j’ai cités] sont écrits par des sionistes.

Nous, Palestiniens, qu’avons-nous fait aux juifs ? Pendant le mandat britannique, les Palestiniens ont connu plusieurs révoltes. En 1921, et en 1929, elle s’appelait la révolte de la Buraq (ثورة البراق). Les Juifs l’appellent le Mur des Lamentations, nous l’appelons le Mur de Buraq. Les Britanniques ont créé un comité. Je pense qu’il y avait un membre suédois de la Société des Nations et ils ont pris une décision disant qu’il s’appelle le mur Buraq et que c’est bien si les Juifs veulent prier devant. Mais ils veulent le mur de la Burqa et le dôme [du rocher] et Al Aqsa [mosquée] en disant que c’est pour eux. Ce n’est pas moi qui le dit, c’est l’ONU ou spécifiquement la Société des nations.

En 1936, une autre révolte se produisit et en 1937, ils amenèrent la Commission Peel qu’ils tentèrent de diviser mais cela échoua. Et puis est venu l’appel des rois et des présidents. Faut-il entrer dans les détails ou pas ? Le plan de Partition qui nous a donné 44% et Israël qui a occupé 78%. Les articles 41 et 42 du Pacte des Nations Unies stipulent que lorsqu’un État membre en attaque un autre, la force militaire doit être utilisée pour les en empêcher et les repousser. Quand ils [Israël] ont demandé à devenir membres, ils leur ont dit : « vous devez accepter les résolutions 181 et 194 du plan de partage de la Palestine de l’ONU ». Moshe Sharett [ministre israélien de la télévision à l’époque] s’était engagé à accepter ces deux résolutions. Jusqu’à présent, il y a 708 résolutions à l’assemblée générale et 86 résolutions au Conseil de sécurité et aucune d’entre elles n’a été exécutée. Où sommes-nous supposés aller ? Nous sommes attachés à la résolution du Conseil national palestinien de 1988. Nous n’avons rien concédé aux principes convenus en 1988. Nous n’avons fait aucune concession et les décisions ont été approuvées à l’unanimité. D’accord, peut-être 10 ou 15 s’y sont opposés, mais la grande majorité l’appuie.

Mahmoud Abbas (محمود عباس)

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NOTES :

  1. À la suite de ces déclarations devant le Conseil national palestinien, l’historienne de l’Holocauste Deborah Lipstadt estime qu’Abbas termine sa carrière comme il l’a commencée : dans l’antisémitisme classique et la réécriture de l’histoire visant à dépeindre les Juifs comme des collaborateurs nazis. Après les multiples contestations internationales, en mai 2018, Abbas présente ses excuses aux Juifs qui ont pu « être offensés par [ses] propos » sur l’Holocauste et déclare qu’il respecte le foi juive et condamne l’antisémitisme.
  2. En 1976, intéressé par les origines juives, Arthur Koestler écrit La Treizième Tribu, premier ouvrage qui conteste la thèse d’un peuple juif issu exclusivement ou majoritairement de l’exode des Juifs de Palestine après la première guerre judéo-romaine et qui avance l’idée d’une conversion massive d’une population autochtone d’Europe de l’Est par des prédicateurs juifs, le royaume khazar et en Afrique du Nord (Kabylie). Les idées de Koestler seront reprises trente ans plus tard par l’historien israélien Shlomo Sand dans Comment le peuple juif fut inventé (ce livre est disponible en téléchargement).
  3. En octobre 2015, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a déclaré à la tribune du 37e congrès de l’Organisation sioniste mondiale qu’Hitler « ne voulait pas exterminer les Juifs à l’époque, seulement les expulser », en se fondant probablement sur les accords de Haavara. Son propos a suscité un grand émoi sur la seconde partie de sa phrase qui pointait la prétendue responsabilité du grand Mufti de Jérusalem sur l’idée d’exterminer les juifs d’Europe.

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SOURCES :